L’Europe Allemande.

Intervention publique à Toulouse le 23 Avril 2019

L’idée d’un rassemblement des nations de l’Europe est récente et pourtant plonge dans les racines antiques de notre culture.

Pour comprendre le fonctionnement complexe et assez tortueux de l’Union Européenne, pour saisir les rapports de forces au sein du parlement européen il faut revenir en arrière et faire de l’Histoire ; permettez-moi donc de consacrer cinq minutes à un détour historique.

Les thuriféraires de l’union européenne font généralement remonter l’idée au fameux discours de Victor Hugo sur les États-Unis d’Europe le 21 Aout 1849 à l’occasion du congrès pour la paix. Notons que dans la récupération du grand écrivain la part chrétienne et ethno-centrée sur la race blanche du propos de Victor Hugo est occultée.

Cependant, c’est bien vite oublier la première tentative, celle de Napoléon Ier, dont l’Empire utilisait toutes les volontés, nommant ainsi des préfets Italiens en Bretagne, ou des Hollandais à Milan ; dans la grande armée la moitié des hommes ne viennent pas de France. Napoléon ne fait que suivre Bonaparte, l’Empire nait de la révolution et de son rêve d’universel. Prévoyant de déplacer la capitale de Paris vers Rome, hors donc de la référence française, l’Empereur ne voulait pas reprendre à son compte la grandeur militaire des légions mais bien l’œuvre civilisatrice et rassembleuse. Du reste durant des siècles après la fin de l’Empire Romain l’imaginaire européen sera hanté par l’unité perdue, que ne saura pas récupérer le saint Empire Romain Germanique mais qu’incarnera, jusqu’au schisme réformé, le Pape, c’est-à-dire l’évêque de Rome. Rome, La Ville, l’Urb, que nous retrouverons à la signature du traité à l’origine de l’Union Européenne actuelle. Rappelons que la « constitution européenne de 2004 » rejetée par le référendum de 2005 fut aussi signée à Rome.

Mais, entre l’aiglon, Roi de Rome, le fils de Napoléon au destin tragique et le 25 Mars 1957 jour fondateur de la Communauté Économique Européenne, il y eu deux autres tentatives, liées entre elles malgré les apparences.

Comme figure marquante de la première, nous trouvons Aristide Briand,  que je qualifierais de premier traitre par irénisme. Tout comme l’Empereur Hadrien baissant la garde et montrant la voie aux barbares, il est de ceux qui pensent qu’en atténuant les pressions on affaibli les agressions, que l’exemple du désarmement désarme les oppositions … Le pacifisme de l’après-grande-guerre est souvent plus empreint de cette lâcheté active et démonstrative, que formé de la peur et des souvenirs des souffrances endurées.

Le traité de Versailles est la première incursion majeure des américains dans la marche du monde, catastrophique pour l’Europe, désastreuse pour la France ; au fond c’est le brouillon de la suite jusqu’à nos jours. Nous nous voyons volée notre victoire, par les anglo-saxons dont la participation à l’effort militaire, a été, mesurée et pleine d’arrière-pensées pour les anglais, et inconséquente pour les américains ; leur véto à la poursuite de l’offensive jusqu’à Berlin est emblématique.

En Octobre 1914 A. Briand est président du conseil (en charge du ministère des affaires étrangères) , il ne sait ou ne veut prendre la mesure des erreurs militaires, dés 1916 il s’oppose à Clemenceau, il intrigue pour éviter la promotion des « jusqu’au-boutistes », il ne perçoit rien de ce qui se passe en Russie, et recherche l’entrée en guerre des États-Unis dont on sait pourtant que l’armée n’est ni correctement équipée, ni entrainée. Il prépare la déconfiture et le recours américain, c’est Daladier avant l’heure.

La suite est une incessante reculade internationale alors que nous disposons de l’armée –et de la marine– la plus puissante du monde, c’est le traité de Locarno en 1925 qui annule, ou presque, les réparations que l’Allemagne doit à la France, qui consacre les demandes des États-Unis, induit la crise de 1929 et  l’arrivée d’Hitler. C’est aussi, à travers l’utopique SDN, le refus de reconnaitre l’Italianité du nord de l’Adriatique (Fiume, Trieste) qui nous aliène Mussolini, pourtant francophile et francophone. Tout ceci pour arriver au  Mémorandum sur l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne publié en Septembre 1929 ; 10 après « l’étrange défaite » lui doit un peu. Ce document est le manifeste de l’auto-castration française, 90 ans plus tard il est le fil conducteur de la France – et d’elle seule ! – dans toutes les étapes de constitution de l’UE : abandon unilatéral des éléments de notre puissance et de notre souveraineté, comme gage de notre bonne volonté unioniste. Ce dépeçage étant le plus souvent pour les aspects diplomatiques ou culturels au profit des anglo-saxons et pour l’économie à celui de l’Allemagne.

C’est à la SDN que nous voyons apparaitre un autre traitre, en pire, car cynique et vénal, le dieu des européistes, Jean Monet.

Une heure ne suffirait pas à l’énoncé de ses forfaitures, il suffit de savoir qu’il fut durant la guerre, non pas à Londres avec la résistance nationale, mais à Washington, comme secrétaire particulier du très, très francophobe Roosevelt.

Mais avant de conclure cette introduction, parlons un peu de cette tentative d’union liée à la précédente : il s’agit de celle menée, au début des années 40, par des technocrates et intellectuels européens, souvent français, ayant été dans la mouvance de Briand ou de la SDN, dont nous avons un bel exemple avec François Mitterand, ou Saint-John Perse[1] –grand poète mais demi-salopard – ou encore Hubert Beuve-Méry fondateur du journal Le Monde qui attendra d’être certain de la défaite nazie pour rejoindre prudemment, mais visiblement, la résistance ; ce dernier sera imposé à De Gaulle par des forces occultes proches de celles qui aideront Bousquet et Jean-Paul Martin[2]. Une citation illustre tout « Et puis, si c’est Monsieur Hitler qui nous fait l’Europe, et bien tant pis ».

Ainsi Robert Schuman, glorifié « père français » de l’Europe, né allemand, favorable aux accords de Munich, ministre de Pétain, est bien dans l’esprit de la fondation de l’U.E.

Il faudrait parler de Walter Hallstein, premier Président de la Commission (1958- 1967 : plus long), et juriste de Hitler.

Nous n’avons pas le temps de tracer toutes les étapes de ce qui est nommé « construction européenne », mais les pistes que je vous ai donné dans cette introduction doivent éclairer votre compréhension des structures actuelles de l’Union Européenne que je vais maintenant vous décrire.

L’union européenne n’est, ni un état, ni une fédération, ni une confédération, ni même une organisation internationale ; pourtant elle regroupe le plus grand espace de démocraties de la planète, le plus grand marché économique, le troisième ensemble démographique. Pourtant elle dispose de la personnalité juridique d’un état, d’un parlement, d’une gouvernance, que manque-t-il alors ? Une nation est essentiellement un ensemble d’individus liés par une histoire commune, il apparait que les états de l’UE ont une part d’histoire commune, que manque-t-il alors ? Et bien il manque deux choses : la notion de solidarité implicite et l’appartenance culturelle. Toutes les deux butent  sur les réalités démographiques, historiques et économiques de la partie alémanique de l’UE : pas de Peuple sans culture unique, pas de culture sans langue, pas de démocratie sans Peuple.

L’UE est donc un non-état, non démocratique, administrant des Peuples n’ayant pas de solidarité naturelle entre eux ; pourquoi pas ! Seulement nous l’avons vu sa filiation intellectuelle n’est pas apte à accepter ce fait, et tout le fonctionnement de l’UE est à lire sur ce refus, l’UE ne désire pas être la gestionnaire du réel mais l’instrument d’une modification complète, anthropologique même, du continent, de ses peuples –voir de son peuplement–, ses institutions ne poursuivent que ce but.

L’UE comprend 7 institutions (Art 13 TUE) dont 4 principales :

– le Conseil Européen, formés des chefs d’États ou de gouvernements ;

– le Conseil (de l’Union), formé de ministres aux compétences diverses selon l’ordre du jour (niveau gouvernemental) ;

– le Parlement Européen ;

– la Commission ;

-la Cour de justice de l’Union européenne ;

– la Banque Centrale Européenne ;

– la Cour des Comptes Européenne.

Les deux premières –les conseils– sont des institutions inter-étatiques tandis que les 5 autres sont des institutions supranationales.

Les trois dernières, très souvent négligées, sont en fait les instruments les plus efficaces dans la déconstruction des états-nations, étape indispensable du projet européen.

Le Conseil de l’Europe (droit de l’homme) n’a aucun lien organique avec l’Union Européenne.

Voici un aperçu du fonctionnement et de la formation de ces institutions lointaines qui, pourtant, influent fortement sur nos vies.

La Cour de Justice :

La Cour de Justice est formée par des Juges nommés par chaque gouvernement qui siègent dans des chambres spécialisées ou pas ; son siège est à Luxembourg. Si les procédures se font la langue la plus proche de la cause, il est de tradition que les débats entre Juges et les arrêts se déroulent en Français ; la pression des pays de l’Est tend à corrompre cet état de fait.

Voici un extrait du site officiel qui éclaire le rôle considérable et quasi-irréversible de cet organe :

Au fil de sa jurisprudence, la Cour de Justice a dégagé l’obligation pour les administrations et les juges nationaux d’appliquer pleinement le droit de l’Union à l’intérieur de leur sphère de compétence et de protéger les droits conférés par celui-ci aux citoyens (application directe du droit de l’Union), en laissant inappliquée toute disposition contraire du droit national, qu’elle soit antérieure ou postérieure à la norme de l’Union (primauté du droit de l’Union sur le droit national).

La Cour a également reconnu le principe de la responsabilité des États membres pour la violation du droit de l’Union  …

Donc nous avons un droit jurisprudentiel, contraire aux pratiques majoritaires en Europe, et qui s’impose aux législations nationales. Or le Droit, s’il n’est pas la source du contrat social, l’irrigue, la Cour de Justice à donc le pouvoir, et ne se prive pas de l’exercer, de modifier les rapports des français entre eux et avec notre organisation politique.

La Banque centrale européenne :

La Banque centrale européenne « gère » l’Euro, et, bien que cette monnaie ne soit pas celle de tous les états membres de l’UE et qu’elle soit aussi celle d’états non-membres[3] c’est cet organisme qui est à la source des décisions économiques de l’UE.

Elle dispose d’un budget propre et hors de contrôle des autres instances européennes. Son capital est variable et les états de l’UE qui n’ont pas adopté l’Euro son tenus de participer au financement de la BCE.

Le conseil des gouverneurs sert d’instigateur de la politique et de contrôle des organes actifs de la BCE, il est formé de tous les gouverneurs des banques centrales, et des directeurs de la BCE, un système de rotation prive de droit de vote certains pays pour des périodes de l’année.

Le directoire de 6 membres nommés par le Conseil européen (chefs d’états), statuant à la majorité qualifiée[4], dirige la BCE. Les extraits ci-après des curriculum vitae montrent à quel courant de pensée appartiennent les directeurs :

Mario Draghi, actuel président de la BCE était de 2002 à 2005 vice-président et directeur général de Goldman Sachs International dont l’implication dans le désastre Grec et autres folies d’ingénierie financière est connu.Luis de Guindos (vice-président) était de 2006 à 2008 directeur général pour la péninsule ibérique (Amérique du Sud) de Lehman Brothers, responsable important  de la crise financière des subprimes. Yves Mersch  de 2010 à 2012 était vice-président du conseil d’administration de l’International Islamic Liquidity Management Corporation. C’est-à-dire l’organisme qui gère des fonds considérables pour engager des opérations bancaires conforment à la sharia.

La langue de travail est l’anglais, alors même qu’aucun pays ayant adopté l’Euro est anglophone (sauf l’Irlande en plus du Gaelic et Malte en plus du Maltais, 1% de la population de l’UE) ; elle respecte peu l’obligation de traductions imposée par les traités. Le siège est en Allemagne à Frankfort, le directeur général est un Allemand (Michael Diemer).

La BCE s’appuie sur le travail de « comités » assez occultes dont 90% des membres appartiennent au système financier mondial et aux multinationales (surtout allemandes et anglo-saxonnes).

Le discours officiel insiste beaucoup sur l’indépendance de la BCE comme garantissant une politique sans favoritisme pour un pays, mais il s’agit surtout d’interdire que des états, même puissants et unis puissent modifier l’orientation politique de la BCE totalement soumise à la doxa de la financiarisation de l’économie et du marché tout-puissant.

Les marchandages de candidatures entre états sont atténués par une forme de cooptation préalable, assortie de sourdes menaces pour les états récalcitrants comme Chypre, la Grèce ou l’Italie ont pu le constater.

La BCE a le droit d’adopter des règlements contraignants dans la mesure nécessaire à l’accomplissement des missions du SEBC[5] ainsi que dans certains autres cas stipulés dans des actes spécifiques du Conseil de l’UE.

La Cour des Comptes :

La Cour des Comptes comporte un représentant par état membre et 900 fonctionnaires. Ses membres sont généralement des hauts-fonctionnaires spécialistes reconnus des finances publiques, plus rarement des élus et anciens responsables politiques.

Les membres sont nommés par le Conseil (ministres), après consultation du Parlement européen, pour un mandat renouvelable de six ans.

En plus de son audit permanent des finances des différentes structures de l’U.E. (hors BCE) la Cour des Comptes produit des rapports et propositions dans les différents domaines couvert par ses comités spécialisées.

Ce paragraphe extrait du dernier rapport officiel est éloquent quand au poids réel de la Cour des Comptes :

La Cour espère relever le défi qui consistera, dans les années à venir, à contribuer au renforcement de l’obligation de rendre compte faite à l’UE envers les citoyens concernant les fonds publics, qu’elle octroie pour réaliser ses objectifs.

On ne peut être plus clair sur l’opacité de l’attribution des fonds européens et le peu de poids de la Cour des Comptes.

Le Conseil Européen :

Le Conseil Européen est formé des chefs d’États ou de gouvernements, son président est choisi en son sein pour 3 ans renouvelables  (actuellement  Donald Tusk, Pologne) ; initié en 1974 il est devenu un organe officiel par l’acte unique de 1986.  Selon l’article 4 du TUE Le Conseil européen fournit à l’Union « l’impulsion nécessaire à son développement » et définit « les orientations politiques générales« .

Il se réunit 4 fois par an, parfois plus comme lors de la crise de 2008 ou le Brexit.

C’est un organe éminemment politique qui permet de mesurer l’implication « européenne » des gouvernements et de dégager des consensus propres à dépasser les blocages nationaux. La personnalisation et la dramatisation sont souvent au menu des sommets européens, particulièrement lorsqu’il s’agit d’aller à l’encontre d’un choix démocratique d’un peuple européen ; éventuellement en pesant psychologiquement sur un élu isolé.

Le Conseil ( de l’UE ) :

Le Conseil de l’UE appelé à l’origine « Conseil des ministres » et souvent abrégé en « conseil » est formé de ministres des gouvernements de chaque état membre, qui, selon les sujets traités, se réunissent en formations spécialisées par  compétences, à savoir :

« Agriculture et pêche », « Compétitivité », « Justice et affaires intérieures », « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs », « Transports, télécommunications et énergie », « Affaires générales », « Affaires étrangères », « Affaires économiques et financières » et « Éducation, jeunesse et culture ».

Le Conseil de l’UE est présidé à tour de rôle par chaque État membre pour une période de six mois, selon un ordre préétabli.

Il est, avec le Parlement européen, l’organe législateur de l’UE.

Les domaines d’intervention du Conseil de l’UE sont multiples : fonction législative mais aussi autorité budgétaire, fonction de mise en œuvre du droit de l’Union (« comitologie »), pouvoir de nomination…

Le Conseil, conjointement avec le Parlement européen, exerce la fonction législative.

La procédure ordinaire est une navette entre le Parlement et le Conseil.

Sauf exception prévue par les traités, un texte ne peut pas être adopté s’il y a  désaccord entre le Conseil et le Parlement européen. Dans ce cas la Commission est le plus souvent l’arbitre ultime.

Le conseil co-exerce l’autorité budgétaire : à ce titre, il arrête et modifie le budget européen avec le Parlement, ce dernier ayant un rôle ultime dans la procédure d’adoption du budget annuel).

Le conseil adopte également des recommandations non contraignantes, conclut les accords internationaux de l’Union, nomme les membres de la Cour des comptes, du Comité Économique et Social Européen et du Comité des régions.

 Le conseil prend les décisions politiques dans le domaine monétaire, notamment dans le cadre de l’Eurogroupe.

Ce dernier illustre à lui seul la gouvernance de l’UE, c’est un organe informel formé des représentants des états ayant adopté l’Euro chargé d’imposer ses vues aux autres états membres.[6]

La Commission européenne :

Objet de tous les ressentiments la commission est l’institution qui incarne le plus l’UE ; cet extrait officiel en donne la raison :

La Commission européenne est l’organe exécutif de l’Union européenne. Elle est politiquement indépendante et promeut l’intérêt général de l’Union. Dans le cadre des grandes orientations fixées par le Conseil européen (chefs d’états), elle prépare et met en œuvre les décisions du Conseil de l’Union européenne (gouvernement) et du Parlement européen.

Cet organe de dirigeants non-élus, devenant apatrides, ne rendant de compte à personne, disposant de près de 35 000 fonctionnaires (dont 6 000 pour les traductions !), aux salaires et avantages considérables ne peut que faire naitre, au minium la suspicion et souvent la haine.

Renonçant à leur nationalité –sur ce plan les français sont les plus acharnés, n’hésitant pas pour « faire bien » à critiquer et défavoriser notre pays – ils sont garants et constructeurs de l’intérêt général européen contre celui des états ; n’hésitant pas à intervenir dans l’exercice démocratique d’états membres, comme on l’a vu avec les commissaires français et allemands Moscovici et Oettinger en Italie.

Pourtant la Commission Européenne a peu de pouvoir réel ; sa principale fonction est l’initiative des textes législatifs, qu’elle exerce en principe seule mais qui dans la pratique est fortement influencé par le Conseil et le Parlement européens.

Elle propose également chaque année le budget de l’UE et peut, en tant que « gardienne des traités », sanctionner un État membre qui ne respecterait pas ces derniers.

Les propositions de la Commission européenne sont ensuite amendées, approuvées ou rejetées par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne ; au cours de navettes assez secrètes et n’incluant que les partis de l’alliance au pouvoir.

Elle est « l’exécutif européen » mais sans l’onction de l’élection démocratique, cette incongruité est à l’origine des critiques structurelles des partis eurosceptiques.

Le parlement :

Dire que nous allons élire le parlement européen est sans conteste un abus de langage, nous allons élire 9,85% d’un organe de représentation bâtard. Pour que cette élection soit vraiment représentative de l’état de l’opinion européenne il faudrait que les listes soient explicitement représentatives d’options politiques européennes et présentées comme telles. Ainsi nous voterions en France, comme ailleurs, pour les mêmes programmes, les mêmes listes, à charge pour elles de répartir les nationalités de leurs candidats selon leurs critères propres. Rien que l’ordre des noms serait démonstratif des choix patriotes ou trans-nationaux. On imagine les Verts organisant un grand happening, fumette et rap pour désigner leurs 751 candidats.es !

On nous fait croire qu’il y aurait un Peuple européen, une solidarité européenne, une globalisation des avenirs, mais on se réfugie prudemment derrière la segmentation nationale … indépassable !

Après avoir longtemps siégé à Strasbourg, le parlement s’est rapproché de l’organe exécutif  et siège aussi à Bruxelles. Il y fort à parier que cette transhumance couteuse sera supprimée dans la législature à venir ; les députés de l’Est n’aiment pas Strasbourg, ville trop française et pas assez anglophone pour eux. Leur amour de l’OTAN et leurs liens avec les États-Unis ne se démentent jamais.

Il est dit et redit, même par des meneurs d’opinion importants, que le Parlement Européen n’a aucun pouvoir ; c’est inexact.

Structurellement il exerce diverses prérogatives ; nous l’avons vu en parlant du conseil (des ministres) il légifère avec ce dernier sur le mode de la co-décison dans le cas de la procédure législative ordinaire.

Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le Parlement européen partage, avec le Conseil, le pouvoir d’adopter l’ensemble du budget annuel de l’Union européenne. Il a le dernier mot après une procédure assez lourde qui fait entrer en jeu un comité de conciliation (de fait la Commission) il peut refuser le budget à la majorité de ses membres, ou l’adopter malgré le refus du Conseil, à la majorité des membres et des 3/5e des suffrages exprimés, dans les 14 jours après la décision du Conseil.

En plus de ces rôles législatif et budgétaire le parlement dispose d’un puissant levier de contrôle.

Le Président du Parlement européen intervient au début de chaque Conseil Européen pour exposer la position de l’institution sur les sujets qui seront abordés par les chefs d’État et de gouvernement. À l’issue du sommet, le Président du Conseil présente un rapport au Parlement.

Au début et à la fin de son mandat, le Président du Conseil de l’Union européenne participe à un débat au parlement, en séance plénière, sur son programme.

Les députés européens peuvent adresser au Conseil des questions ou suggestions.

Le Parlement européen approuve la composition de la Commission. Depuis 1994, les commissaires désignés doivent se soumettre à une audition devant le Parlement. En vertu du traité de Lisbonne, le Conseil Européen propose un candidat pour la présidence de la Commission en tenant compte des résultats des élections européennes. Ce candidat doit ensuite être élu par le Parlement.

Le Parlement peut adopter une motion de censure à l’encontre de la Commission et a même le pouvoir de la dissoudre.

Le Parlement peut demander à la Cour de Justice d’engager une action contre le Conseil (des ministres) ou la Commission.

La Cour des comptes présente son rapport annuel au Conseil ainsi qu’au Parlement européen. Le Parlement vote ou non la décharge budgétaire.

Le Parlement doit être consulté avant la nomination des membres de la Cour des comptes par le Conseil.

Le Parlement européen est consulté avant que le président, le vice-président et le directoire de la Banque centrale européenne (BCE) ne soient nommés par le Conseil européen (chefs d’états).

Le président de la BCE présente le rapport annuel de l’institution en séance plénière.

Conclusion :

J’ai essayé de faire vite afin d’avoir encore un peu de votre attention pour prendre quelques minutes à faire le point sur les partis politiques au parlement européen, actuellement et à venir selon les sondages. Voici sa composition actuelle.

Le PPE, Parti Populaire Européen, 217 sièges, est un conglomérat  de centre-droit, formés de divers partis nationaux ou de clubs internationaux antérieurs ; il est clairement d’inspiration chrétienne-démocrate, bien que A. Merkel en soit la tutrice il est assez fédéraliste. C’est le groupe d’Orban, de Berlusconi (Forza Italia) et de LR. 20 députés français y sont inscrits. Le président est l’Allemand Manfred Weber, candidat à la présidence de la Commission.

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker en est membre ainsi que 13 autres commissaires européens (soit 50%) , il dispose de 3 vice-présidents (dont l’allemand OETTINGER pour qui l’Europe s’arrête au Rhin) et deux autres nordiques.

S&D, Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates, 187 sièges, est le groupe originel des socialistes, très fédéraliste ; l’ajout des « démocrates » se fit pour faire de la place aux 26 députés du Partito Democratico Italiano plus réformateurs et acquis à l’économie de marché totale que leurs collègues. Cet artifice en a fait le second groupe en empêchant la formation d’un groupe libéral-social, mais n’a pas permis de ravir la première place au PPE. Du coup ils se sont entendu, y compris en organisant une présidence à tour de rôle.

Après avoir eu l’Allemand Martin Schultz, l’actuel président du Parlement, comme président du groupe, ils ont actuellement l’Allemand Udo Bullmann (SPD) n’aimant guère la France. Sous son influence le groupe se rapproche de la gauche radicale en espérant arriver à peser davantage contre le PPE en perte de vitesse, voir à inverser l’ordre actuel. C’est le groupe du PS français jadis dominant.

Ce groupe a 8 Commissaires Européens, 2 vice-présidents, dont la haute représentante pour les affaires étrangères, la jeune et inexpérimentée italienne Federica MOGHERINI plus le vrai numéro deux de la Commission le batave Frans TIMMERMANS, celui pour qui l’islam fait partie de l’Europe depuis 2000 ans !

ALDE, Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe, 68 sièges, fédéraliste, ultra-libéral, il est actif au Comité Européen des Régions (arme de destruction des identités nationales), le président est le très très européiste, ancien premier ministre Belge, Guy Verhofstadt. C’est là que sont les centristes français et le parti radical. Suites aux révélations concernant son financement (Monsanto, Microsoft, Apple, etc.) ce groupe à annoncé vouloir se dissoudre après les élections en vue de constituer un pole plus important, incluant les députés de LREM (et les mêmes financements !) mais les réticences sont nombreuses car ce groupe est aussi celui des moyens pays de l’union souvent anti-français. Le président est le Danois Morten LØKKEGAARD.

Bien que seulement 4eme après le CRE, ce groupe à 5 commissaires européens dont un vice-président Estonien.

Je fais un aparté pour vous signaler que les 6 vice-présidents sont tous ressortissants de pays alémaniques.

CRE, Conservateurs et réformistes européens, 75 sièges, c’est un groupe un peu fourre-tout, atlantiste, anti-fédéraliste, critique des institutions de l’UE -trop puissantes et fonctionnarisées à son gout-,  rassemblement libéral de la droite conservatrice et pour certains nationalistes. Ce parti européen dispose aussi d’un groupe au Conseil de l’Europe dans lequel siège le parti de Erdogan, ce qui dérange beaucoup d’électeurs. Aucun français n’est enregistré dans ce groupe.

C’est là que siègent le Parti populaire danois, les Vrais Finlandais, l’Alternative pour l’Allemagne et de nombreux conservateurs britanniques, dont le président du groupe Syed Kamall, qui est musulman.

A cause de la présence de nombreux britanniques ce groupe à pu avoir un commissaire européen.

GUE/NGL, Gauche Unitaire Européenne, Gauche Verte Nordique, 52 sièges, autre groupe fourre-tout ; de la gauche très radicale à Podemos, et de tous ceux de gauche qui ne se reconnaissent pas dans la social-démocratie ou l’écologie politique. Les membres du parti de Chevènement y furent tout comme LO ! C’est le groupe de Syriza ou de la France Insoumise. Cet ensemble pourrait éclater, de nombreux députés préférant une rénovation du groupe S&D.

ALE, Verts/Alliance Libre Européenne, 52 sièges ; regroupe tous les partis militants pour les dingueries sociétales extrêmes, l’écologie punitive, le droit des nations sans État, la régionalisation à outrance (démantèlement de la France notamment).

En son sein, les allemands sont les plus nombreux, suivie des français et des britanniques. La présidence est à l’Allemagne avec Ska Keller à qui l’on a adjoint le Belge Philippe Lamberts pour respecter la parité !

EFDD Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe ,41 sièges, dirigée par le Britannique Nigel Farage est un groupe résolument euro-sceptique dans lequel siègent les députés du Mouvement 5 Etoiles (M5S). La délégation française compte 6 députés issus de plusieurs partis souverainistes (Debout la France, Les Patriotes, Les Français libres).

ENL, Europe des Nations et Libertés, 37 sièges de 8 nationalités c’est la plus petite formation du Parlement européen, la délégation du Rassemblement national est la plus importante. C’est là que l’on trouve la Ligue du Nord, le FPÖ autrichien, le PVV Néerlandais et l’UKIP.

Les co-présidents sont le néerlandais Marcel de Graaf et le français Nicolas Bay.

Le PPE et les S&D se sont entendus pour gouverner ensemble, en se répartissant les vice-présidences, les commissions, les nominations … Bien que le CRE soit le troisième groupe, le PPE et S&D se sont associés à ADLE : minorer toute voix ne répétant pas en boucle la doxa européiste et libérale est la règle absolue. Il faut savoir que le parlement européen à un règlement intérieur quasi-totalitaire et que son respect est pointilleusement vérifié par les gardiens du temple. Les groupes minoritaires sont systématiquement combattus et relégués.

Pour le parlement à venir, les projections en sièges donnaient le 23 mai 2019 :

                                   2019   2014             

PPE                               168     217

S&D                              146     187

ALDE                            106        68

                                      420     472

EAPN (ENL)                   74        37

ECR                                 59        75

EFDD (M5S + brexit)   48        41

                                      181     153

EFA (ALE)                      55        52

GNU LGF                       52        52

                                      107     104

non-inscrits                  43        22

Il est à noter que le gain de ADLE correspond a peu prés à la perte du PPE, les socialistes essuyant une réelle défaite, il s’agit ni plus ni moins que la traduction au  Parlement Européen de la situation française.

PPE, S&D, ALDE disposeraient de 420 sièges ! Les verts-rouges se répartissant 107 sièges ; avec 181 députés la poussée euro-sceptique serait moindre qu’on le dit, sans doute a cause des positions édulcorées et pro-euro de nombre de partis populistes.

Les 3 compères actuels pourraient retrouver un accord, en tenant compte de ALDE en hausse, mais avec la présence de LREM qui crispe les autres pays. Mais une autre alliance serait possible, celle des trois partis de droite et centre-droit : PPE, ALDE et ECR avec 333 sièges (majorité 376) mais qui pourraient avoir le renfort ponctuel de non-inscrits et de l’ENL.

Ma conclusion sera abrupte ; lors du changement de poste traditionnel de la mi-mandat, les français ont obtenus 25 postes, les allemands 43, lorsqu’on observe la nationalité des fonctionnaires on s’aperçoit que les français sont nombreux (seconds après les belges) mais que les allemands occupent une part majeure des postes d’encadrement. Au sein des partis du Parlement vous avez noté la prééminence germanique de même à la Commission et dans les autres instances, Cour de Justice exceptée.

Manfred Weber (CSU – PPE) devrait être élu président de la Commission, en cas de litige PPE/ALDE On évoque les noms de Michel Barnier (ancien ministre français de droite, négociateur en chef du Brexit) ou de Margrethe Vestager (libérale danoise, commissaire à la concurrence entre 2014 et 2019).

Le S&D devrait hériter de la présidence du Parlement pour la première moitié de la mandature, sauf accord –assez improbable– des partis de droites.

Les députés LREM et ceux de LR seront membres des groupes se partageant le pouvoir dans l’UE et en minorité numérique dans ces partis européens ; de facto ils seront co-gestionnaires de décisions d’origine allemande ; le pacte de Marrakech, les euro-départements en Alsace-Lorraine ou la privatisation de AdP et des barrages donnent un avant gout de la suite.


[1] Alexis Leger

[2] chef de cabinet de F. Mitterrand

[3] Montenegro, Kossovo (de facto) Bosnie-Herzégovine

[4] majorité qualifiée – 55 % des États membres (16/28), représentant au moins 65 % de la population totale de l’UE, ont exprimé un vote favorable

[5] Système Européen de Banques Centrales, y compris les états hors-euro

[6] Conseil ECOFIN

Un commentaire sur “L’Europe Allemande.

  1. Merci pour cette clarification.
    Agréable de pouvoir lire un texte concis aussi bien écrit qui fournit une trame pour agréger les informations relatives à l’UE que distillent les médias sans jamais prendre le temps de les placer dans une perspective utile.

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