Retraites : une fausse réforme et un vrai archaïsme.

Publié dans Riposte laïque

À la fin de l’année 2019, je fus à la recherche d’une citation que ma mémoire ne savait ni situer, ni restituer correctement, la croyant de Marc Bloch j’ai relu, en travers je dois l’avouer, le plus célèbre de ses ouvrages ; par un de ces télescopages dont la vie est coutumière, dans le même temps se nouait la situation du conflit sur « les retraites » ;  comment ne pas voir dans les milieux dirigeants comme une redite, comme un germe mauvais, comment ne pas constater avec terreur ces mêmes blocages intellectuels de castes dominantes, entravant, bridant le génie de notre Nation, par un immobilisme réactionnaire, par une défense acharnée de privilèges, qui, s’ils ne furent pas indus, deviennent caducs du fait même de la marche du temps. La sclérose du mouvement syndical, son incapacité à penser le monde d’aujourd’hui est similaire à celle du commandement français de 1940 ; parallèlement le pouvoir actuel retranché derrière ses idées ultra-libérales mène la guerre d’il y a 20 ans ; « Étrange défaite ».

Je vais sans doute décevoir certains qui me font l’honneur de suivre mes propos, mais je crois que la lutte contre la réforme des retraites est un mauvais combat, avec de mauvais meneurs et des discours biais. Que cette réforme soit mal ficelée, trouble parfois, mal expliquée, peut- être pour avancer masqué dans une direction détestable, ne doit pas justifier une opposition brutale et entière. Les pensions de retraites sont à la croisée de données structurelles, démographiques, économiques, sociologiques incontournables, il s’agit donc d’un problème éminemment politique. Cependant vouloir l’aborder uniquement par la confrontation à court terme est une erreur tactique autant qu’une faute stratégique.

Dans ce débat on cherche à opposer les deux modes de financement des pensions, à savoir celui par capitalisation et celui par répartition, or la réforme proposée ne prévoit pas de changement en ce qui concerne la collecte de fonds. Le système « par points » modifie le procédé de calcul des pensions mais pas celui des prélèvements. Qu’il y ait là une intention cachée est effectivement possible, probable même si l’on en juge par ce que l’on sait des attachements de Emmanuel Macron, mais c’est alors cela qu’il faut dénoncer et combattre ; on ne sert jamais une cause en la défendant par des arguments bancals.

Dans le système par capitalisation, chacun accumule de l’argent, lequel est placé, puis, durant la retraite, le pensionné reçoit une part de cet argent en fonction du montant de ses cotisations et de son espérance de vie. C’est un système financier, cynique et égoïste, ainsi le recul de l’âge moyen de vie aux États-Unis est vu comme une bonne nouvelle ; l’opposition du monde financier US à une meilleure santé publique n’a pas d’autre raison.

Pour faciliter la compréhension, dans les exemples suivants le mot « salaire » est compris comme la part de rémunération restant après les prélèvements sociaux sauf ceux concernant les retraites. En simplifiant, imaginons que vous cotisiez de 20 ans à 64 ans, pour ensuite vivre jusqu’à l’âge moyen soit 80 ans. Vous aurez cotisé durant 44 ans pour ensuite bénéficier d’une pension durant 16 ans ; imaginons ensuite que vous ayez eu un salaire moyen (net + cotisations « vieillesse ») durant votre vie laborieuse de 2 400 € et que vous vouliez disposer de 1 200 € durant votre retraite, il vous faudra avoir retranché de votre salaire 436€  par mois, soit à peu près 18,2 % et voir votre salaire net à 1 964 €. Cela paraît soutenable, malgré la perte de revenus de 1 964 € à 1 200 ! Mais le raisonnement ne tient pas compte de l’inflation, qui s’accumule, ainsi en France entre 1975 et  2019 (soit 44 ans) l’érosion monétaire se monte à 425 %, c’est-à-dire que vos premiers « 436 € » de 1975 ont une valeur en 2019 d’environ 100 € !

Il faut donc pour que le système fonctionne que ces premiers  « 436 € » de 1975 génèrent des profits qui, accumulés, compenseront la perte de pouvoir d’achat ; les considérables masses d’argent collectées par les fonds de pensions anglo-saxons n’ont pu produire assez d’intérêts dans le contexte d’une inflation longtemps assez élevée et de l’augmentation de la durée de vie. Pour éviter la faillite et révéler le vice de ce système, il a fallu que ces organismes –privés– sortent des aires économiques qui auraient dû normalement suffire à leur fonctionnement ; c’est cette recherche à tout prix de plus-values extérieures qui a transformé les fonds de pensions américains en prédateurs et, avec la complicité locale de quelques salopards, a ravagé une bonne partie du tissu industriel français. En schématisant, on peut dire que si un gouvernement français digne de ce nom avait interdit la prise de contrôle d’entreprises françaises par les fonds de pensions étrangers, une immense crise aurait secoué les États-Unis et stoppé la mondialisation ; nous avons financé un mauvais système et payé notre asservissement !

Dans le système par répartition, l’inflation est inopérante, et il n’y a pas de soustraction de fonds au profit d’établissements financiers, les cotisations servent immédiatement au paiement des pensions ; il s’agit d’une organisation collective au service des individus, l’actif finance le retraité. Le système fait appel à la notion de solidarité inter-générationnelle et de responsabilité publique et politique ; ce dernier point est fondamental, j’y reviendrai.

Avec les mêmes données temporelles et financières, voyons ce qu’il en est dans le système par répartition. N’abordons pas ici la réalité de salaires différents et des durées de cotisation mais imaginons que les actifs de notre exemple financent des retraités ayant eu le même salaire qu’eux pour des temps de travail équivalents.

Pour pouvoir verser 1 200 € de pension, il faut que 2,7 actifs acquittent 436 € de cotisation ; or le ratio actifs/retraités est aujourd’hui de 1,7, il était de 4 en 1960 et sera en 2050 de 1,5. Le montant moyen des pensions de retraite est de 1 530 €, cela veut dire que pour en payer une avec 1,7 salariés, il faudrait que ceux-ci cotisent 900 € ; rappelons que le salaire moyen en France est de l’ordre de 2 250 € (brut 3 070).  Il y a 15,5 million de retraités, en acceptant l’idée d’un prélèvement soutenable de 600 €, il faudrait donc arriver à 31 millions d’actifs, c’est-à-dire au plein emploi.

La situation est donc bloquée entre un prélèvement insoutenable et la fin du chômage de masse.

Une autre piste serait de favoriser des salaires plus hauts permettant des prélèvements plus forts, mais cela suppose que le capital accepte de répartir plus justement ses revenus et ceux du travail, cela suppose aussi que le « fabriqué en France » soit plus producteur de richesses. Or l’affaiblissement du savoir-faire collectif, à cause de l’immigration, tire au contraire vers le bas ce que les économistes nomment la production potentielle.

Quel gouvernement aura le courage et le soutient social que nécessiterait la mise au pas des rapaces financiers, le contrôle des mouvements de capitaux et, in fine, le retour à des monnaies nationales ? Quel gouvernement mettra fin au pari absurde et insensé que l’immigration augmente la richesse produite disponible et le nombre de cotisants ?

Nous voici revenus à la politique.

Monsieur Macron est un imposteur, loin d’être le réformateur jeune et moderne qu’il fait croire ; le chemin qu’il indique à la France a plus que son âge, c’est une vieillerie dépassée.

Dans la jungle des chiffres, des régimes, des exceptions, nous avons perdu le sens réel et premier de l’existence des retraites : permettre aux citoyens âgés, et non aux anciens travailleurs, de vivre dignement la dernière période de leur vie. L’individualisme forcené est le père de tous les égoïsmes et du délitement du lien social primordial : la solidarité. Lorsque les cheminots de la CGT se mettent en grève, ce n’est pas pour tous mais pour eux-mêmes. Ceux-là même qui brandissent le « c’est plus juste, c’est par répartition » oublient rapidement ce que cela devrait impliquer, à commencer par une solidaire répartition immédiate et non pas le « moi j’ai travaillé plus dur que toi ! »

Il y a en France 31 régimes de retraites différents. En moyenne aujourd’hui, chaque salarié a relevé de plus de trois de ces régimes ; les exceptions, ajoutées au gré des crises ou des pressions sociales, les systèmes mixtes (certaines complémentaires), les systèmes bâtards (assurance vie anciennes), les régimes obsolètes ont brisé le moule initial ; la solidarité intergénérationnelle n’est plus qu’un souvenir, chacun étant accroché à « ses avantages acquis », au pactole accumulé et tous insouciants de quelques contraintes nommées, par exemple, « démographie » ou « dette publique ».

Dans ce contexte, l’idée d’une reformation du régime des retraites, avec une mise à plat générale et l’instauration d’une caisse unique est une bonne démarche, courageuse et porteuse d’avenir. La notion de point n’est pas imbécile et pourrait apporter la souplesse nécessaire à la prise en compte des conditions différentes de travail. Mais cette œuvre salutaire doit, avant tout, affirmer les principes dont découleront les cadres légaux et les structures techniques indispensables à l’administration de 12 à 14 % du PIB. Et ces principes ne doivent pas contrevenir à la culture économique nationale et au pacte républicain.

C’est bien sur là que pèche le projet du gouvernement, il tente – sans y parveni r– de sauver des icônes, des images, afin de rassurer, et il accentue la défiance et la fébrilité ; la peur d’une vieillesse démunie est présente en chaque humain, d’autant plus dans nos sociétés aux liens familiaux distendus. Il faut mesurer chaque mot, chaque idée non à l’aune d’une ligne comptable mais en pensant à celui qui sait que ses moyens déclineront.

À bien des égards, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, mais les structures politiques, économiques et morales n’ont pas encore achevé leurs mues ; les crises successives, politiques, économiques et morales que nous subissons sont comme les secousses annonciatrices des grands tremblements de terre ; les plaques tectoniques de nos sociétés se chevauchent et les constructions sociales qu’elles supportent sont bien peu anti-sismiques !

Quels devraient être les principes de la reconstruction de l’édifice « retraite » pour qu’il résiste au séisme annoncé ?

La pension de retraite est l’assurance que donne la société à ses membres qu’ils ne seront pas sans ressources suffisantes durant leurs vieux jours. Les montants considérables qui sont en jeu, les durées en cause, la nature éminemment sociale de ces pensions impliquent une gestion publique qui, seule, peut garantir le respect des dispositions nécessaires ; seul l’État a les moyens, la pérennité et le désintéressement suffisants, seul l’État échappe aux contraintes externes, seul l’État est contrôlable par les citoyens.

Le système de retraite doit s’extraire des aléas de la financiarisation ; on l’a vu, pour qu’un système fondé sur la capitalisation fonctionne équitablement, il faudrait que le rendement financier des fonds soit supérieur à l’érosion monétaire, ou bien que la décote des fonds capitalisés soit corrélée à la durée de vie ; au-delà euthanasie obligatoire ? Nous l’avons dit, le système par répartition exprime le lien social du présent entre les générations qui est renforcé par l’intervention primordiale de l’État, il combat les égoïsmes et la communautarisation atomisante.

La charge des pensions doit être soutenable pour la collectivité. Qui connaît la réalité profonde du corps social à un moment donné ? Oui, qui mieux que la représentation nationale est à même de déterminer le seuil de cette charge publique ?

Les coûts de fonctionnements grevés en plus de prélèvements conjoncturels ou hors domaine sont actuellement importants, trop. Or l’État dispose d’une administration impartiale, rodée et contrôlée : celle des impôts.

De ces principes découle l’idée d’un système universel de retraite publique, fondé non sur les revenus du travail, mais sur la citoyenneté. Une pension, modulée selon les situations familiales, serait versée à tous les citoyens à partir de leur demande qui ne tiendrait pas compte de leur vie antérieure, mais qui ne pourrait survenir avant un âge déterminé. Cet âge, entre 58 et 66 ans, serait apprécié selon des points accumulés durant la période laborieuse en fonction de la pénibilité ou des accidents de vie supportés.

Dans des limites de variations constitutionnalisées, le Parlement voterait annuellement le montant des pensions, et, obligatoirement, le montant d’un impôt « retraites »  dû par tous les contribuables sauf les pensionnés. Les caisses de retraites, coûteux et parfois opaques intermédiaires, ayant trop souvent des activités hors de leur champ initial, seraient supprimées ; les frais de gestion du système deviendraient pratiquement nuls.

Toutes les aides sociales liées à la vieillesse seraient inutiles, la CSG et tous les prélèvements actuels seraient supprimés, le salaire net augmenterait donc significativement.

La solidarité apparaîtrait au grand jour et sous la responsabilité politique de parlementaires élus, devant assumer leur choix et pouvant l’adapter aux circonstances économiques. Cette pension étant d’un montant identique pour tous, comme l’impôt afférent, l’État ne propagerait pas les différences de richesse entre les citoyens, son rôle se bornant à collecter et répartir des fonds années après années pour assurer aux retraités le paiement d’une pension uniforme décidée par le Parlement.

Chaque citoyen, en toute liberté et en fonction de ses moyens, pourrait préparer une augmentation de ses revenus de futur retraité. L’État, les organisations professionnelles, le secteur financier privé pourraient proposer des produits de capitalisation dans le cadre juridique général ; d’autres investissements pourraient êtres favorisés par des dispositifs spéciaux, par exemple l’extension du dispositif d’aide à la recherche ou de financement d’entreprise.

Pour que le pacte républicain survive à l’époque qui vient, il faut en simplifier les prolongements administratifs, il faut l’épurer de tout le fatras législatif accumulé, de tous les cas particuliers qui entravent son fonctionnement simple, il faut le rendre limpide.

Parvenu à ce point d’un article déjà long, je vous citerai en conclusion les mots de Marc Bloch que je cherchais dans « L’étrange défaite » ; mais avant, ayant conscience que cette proposition sur les pensions de retraites implique bien d’autres choses, je vous donne rendez-vous pour un article complémentaire.

« Mais combien j’aime mieux évoquer l’image d’une victoire […] ! Je ne sais quand l’heure sonnera où […] nous pourrons reprendre en main  nos propres destinées. Verrons-nous alors des fractions du territoire se libérer les unes après le autres ? Se former, vague après vague, des armées de volontaires, empressées à suivre le nouvel appel de la Patrie en danger ? Un gouvernement autonome poindre quelque part, puis faire tache d’huile ? Où bien un élan total nous soulèvera-t-il soudain ? […] Je le dis franchement : je souhaite, en tout cas, que nous ayons encore du sang à verser, même si cela doit être celui d’êtres chers. Car il n’est pas de salut sans une part de sacrifice ; ni de liberté nationale qui puisse être pleine, si on n’a pas travaillé à la conquérir soi-même. »

Morale d’une mise à mort.

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En quelques dizaines d’heures bien orchestrées, Gabriel Matzneff est devenu un paria par le seul fait de la publication d’un livre d’une accusatrice tardive mais bien en cour, les tambours de la pudibonderie sonnent, les feux des autodafés sont allumés, les tartufes sont de sortie.

Comme un écho lointain d’une époque révolue, Sue Lyon, la « lolita » de Stanley Kubrick vient de mourir…

Presque avec peine je me suis souvenu d’avoir lu « Les moins de seize ans » ; pourtant quelle belle écriture, quelle langue accomplie, mon oubli vint sans doute des propos qui émergeaient peu de l’ambiance générale des années 70 ; quant au livre de madame Vanessa Springora, je ne le lirai pas. La façon dont il est propulsé au-devant de la scène, en attisant les bas instincts, avec les gros ressorts du voyeurisme, tout en faisant croire à une croisade morale, tout ceci pue le copinage et la consanguinité parisianistes.

Redite nauséeuse des hashtags débiles et des ressentiments commandés, tardifs, intéressés concernant Roman Polanski, cette affaire parigote use des mêmes méthodes staliniennes au fond et post-modernes dans leur forme. Pitoyable de voir que les censeurs d’aujourd’hui sont ceux qui adulaient Serge Gainsbourg ou Léo Ferré, mais voilà, monsieur Gabriel Matzneff est de droite, d’une droite éclairée, ambidextre parfois, et même ambiguë dans sa quête de l’identité humaine, d’une droite calme et vibrante qui démonte chaque manipulation, chaque mensonge, chaque dérive d’une gauche devenue du centre, américanisée, gavée de soft power, à l’hygiénisme fascisant.

Polanski, Matzneff, des Russes en somme, des suppôts de Poutine ! Madame Polanski ne fut-elle pas soutenue par Nicolas Sarkozy et Alain Delon ? chez les sectaires la nuance ne fleurit pas ; puis, rendez-vous compte, Gabriel Matzneff est orthodoxe, c’est trop pour ce milieu atlantiste, traître dans l’âme, et ne pardonnant jamais à ceux, qui, comme eux, n’ont pas renoncé.

Coup politique tordu, charge des uhlans de la cavalerie médiatique dans une guerre à mort contre une intelligence sociale française que les tenants de l’ordre mondial ne sauraient voir renaître ; ne faut-il pas aussi mettre en perspective un livre à vendre, une récente promotion professionnelle de la dénonciatrice et le départ de chez Julliard d’auteurs et d’éditeurs prestigieux ?

Étrangement, nombre de références internet de Vanessa Springora ont été supprimées, comme si ce qui y était écrit ne cadrait pas avec la campagne de réclame de son bébé-pensum, savon de supermarché lavant plus bien que bien, sur fond de dénigrement d’un vieillard à tuer ; parce qu’il y a aussi cela, une sordide vengeance contre un amant sur qui la dame flétrissante fait peser l’approche d’une cinquantaine ridée, retendue et désabusée.

Dans un article, Le Monde évoque des temps ayant changé, entraînant une défense impossible ; serait-ce que la dictature germanopratine invente la rétroactivité de la morale ? Comme pour le fait colonial, il faut à rebours rendre coupable d’un manquement à une norme qui n’existait pas au moment des faits que la bouillie journalistique dénonce, entraînant dans la condamnation tout ce qu’on honnit et qui peut y être mêlé ; détestable arme des médiocres. En désarchivant une émission culte, c’est aussi Bernard Pivot que l’on assassine, ou du moins ce qu’il représente, une France à la parole libre, aventureuse, explorant de nouvelles voies, subtile, sensible, sensuelle ; une France où une émission littéraire était attendue par des millions de citoyens sachant écouter et discerner.

Mais revenons à cette dame avec son prénom de serviette hygiénique, et j’en parle à dessein, puisqu’il est du plus engagé, du plus progressif de parler des règles ; à Apostrophe succèdent des émissions sur une publicité « disruptive » montrant du sang, rouge, quelle affaire ! Et, gommant l’évidente signification sexuelle, des carnassières sans vergogne, de peu d’envergure mais ambitieuses se font des noms ; passer du ménestrel au menstruel, voilà le destin d’une intelligentsia couchée ; d’autres même évoquent ce sujet primordial jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale ; on a les débats que l’on peut.

Parce que l’on sent bien que si, par bonheur, l’esprit gaulois et le souverainisme culturel l’avait emporté sur la soumission à l’ordre moral anglo-saxon, cette même femelle ferait état, émue et trémoussante, de ses souvenirs de ces premières fois où elle fut grande, avec un homme véritable ; avec des trémolos elle rirait de son dédain des dadais de son âge, de son regret d’un temps souriant où la virilité n’était pas en accusation… où les névroses étaient d’un autre genre. On notera que le saccage de son adolescence et les ravages du prédateur ne semblent pas avoir entravé une belle carrière, que le niveau d’études de dame Springora n’annonçait pas, ni entamé sa soif de pouvoir ; seule une amnésie tri-décennale est diagnostiquée.

« Une œuvre d’art doit être jugée selon les critères esthétiques. En art, ce qui est beau est moral. » Gabriel Matzneff.

Dans les milieux « ouverts » des années 70/80 les mères « libérées » poussaient souvent leurs filles/copines dans les bras d’hommes afin de mettre fin à cet archaïsme de la virginité ; sa perte la plus précoce étant vu comme un signe d’affranchissement, le c. faisait partie, sans fard ni excès, des moyens de développement tant personnels que sociaux. Et puis, les petites, dans ce contexte et cette société, étaient assez fières d’être parmi celles « qui l’ont fait » ; les amours tendres et chastes s’étant effacés devant l’hédonisme obligatoire.

Autre temps autres mœurs ; ne voit-on pas une gamine, qu’il y a encore 15 ans on aurait désignée comme demeurée, mettre en émoi les dirigeants les plus en vue de la planète et en pâmoison tous les perroquets des rédactions ? Cette donzelle, à qui ne manque qu’un soupçon d’homosexualité – gageons que son premier boy-friend sera africain – peut distinguer le vrai du faux dans le système climatique de la planète, alors que les scientifiques ont bien du mal à l’analyser avec certitude, mais une autre, concentrée sur les émois de son âge, n’aurait pas la maturité suffisante pour choisir son premier amant ?

L’une franchit les océans suivie d’un aréopage digne des grands chefs, et, parle au monde adulte, rien de moins que de l’avenir de notre Terre, et l’autre ne pourrait avancer de quelques mois un acte profondément intime et quasi-inéluctable ?

Quelle hypocrisie !

En plus des quelques éléments politiques et mercantiles visés plus haut, ce que reprochent les chiens de gardes de la démocratie-totalitaire à Gabriel Matzneff, c’est d’avoir été pleinement de son temps, et même de celui d’avant. Son esthétisme devenu suranné heurte la vulgarité du jour, l’effroyable bêtise de l’immédiateté et du sentimentalisme à la petite semaine.

Pour croire aux poncifs débités actuellement sur la sexualité des jeunes filles, il ne faut pas connaître grand-chose aux adolescentes, surtout de cette époque bénie de liberté et d’équilibre ; il ne faut pas avoir vu les fonds de placards de ces gamines proprettes mais rêvant, le soir, à des choses moins reluisantes, ne pas savoir que la plupart des classes de lycées ont des adresses de « première fois » souvent bien éloignées des cartables roses et des citations gentillettes calligraphiées sur les couvertures des cahiers. Cette attirance vers le « sale interdit » n’est pas uniquement une recherche de transgression, mais est aussi part de la construction de certains êtres féminins mues par la force de quelque chose de moins incisif mais plus fondamental ; Choderlos de Laclos, Montherlant, Nabokov, Lanzman, Proust ne vous ont-ils rien dit ?

La bien-pensance normalisatrice exprime depuis quinze jours la volonté totalitaire que ces jeunes filles particulières – combien sont-elles je ne sais – rentrent dans le rang, il y a une soumission à un conformisme et à un déterminisme réducteurs : « tu feras ça avec quelqu’un de ton âge, tu ne dois pas accepter d’inégalités (homme/femme entre autres), ne t’échappe pas du cadre, c’est mauvais … » « mauvais » pour quoi ? Pour qui ? L’ordre établi ? Faut-il croire à une hiérarchie des « premières fois » socialement contrôlées ?

S’ils n’étaient pas prisonniers de l’Obs et du Huff, beaucoup de professeurs mâles en diraient beaucoup plus ; s’ils ne veulent plus être seuls avec des élèves, ce n’est pas par peur d’eux-mêmes mais bien par crainte de la puissance du désir des ados ; il arrive, par exemple durant les voyages scolaires, de terribles chantages : « fais-moi l’amour ou je hurle et je dis que tu me violes ».

En quoi le consentement d’une jeune fille de 15 ans à un homme de 30 est-il différent de son consentement à un copain de classe ? N’est-ce pas le même acte, la même attente pluriannuelle qu’elle décide d’achever ? L’insistance potentielle de l’adolescent est-elle moins pesante, moins explicite que celle de l’adulte ? Ce dernier est-il nécessairement moins sincère ? Probablement pas car il dispose d’une expérience rendant cette conquête moins unique. Enfin, posons la question : si Gabriel Matzneff avait été une femme, lui ferait-on ce procès ?

Quelle hypocrisie !

Oui, certains hommes mûrs, et souvent cette attirance est précoce, sont attirés par les jeunes filles, sans pour autant être des violeurs, des monstres dangereux, la pression qu’ils exercent est un jeu léger, souvent long, et lorsqu’ils parviennent à leurs fins c’est que l’autre partie était réciproquement attirée ; résolvant une tension interne complexe, c’est au charme qu’elles succombent. Allez dans les cours de collèges, écoutez ce qui est dit par les boutonneux de 14, 15 ans, apprenez à voir les pièges d’une après-midi où les garçons font découvrir à leurs amies de classe les dernières vidéos de sexe qu’ils ont dénichées ; alors vous ne pourrez nier qu’il y a là une violence psychologique réelle, malsaine, sans commune mesure avec la délicatesse des adultes séducteurs ; de quel côté est le respect de l’adolescente, de la future femme ?

Ainsi la majorité sexuelle serait abaissée pour les jeunes filles, à qui l’on fournit contraceptif et conseils (cf. les forums), mais pourquoi faire ? Si l’on estime qu’une adolescente peut avoir une relation sexuelle, en quoi cela nous regarde qu’elle choisisse son partenaire ? Si l’on estime qu’elle n’a pas la maturité pour faire ce choix, alors il faut en revenir aux oies blanches, vierges et pures avant le mariage !

Folie du jeunisme, comme si un garçon d’aujourd’hui imbibé de pornographie et du culte de la performance était moins nocif que l’esthète patient et sophistiqué. Avec ces amateurs de minettes, nous sommes le plus souvent loin des belles endormies de Kawabata, tout autant que des jeunes filles en fleurs, et peut-être est-ce cela qui est visé.

Ayant comme premier amant un homme adulte, on peut imaginer que le développement de la jeune-fille sera différent de celui qui aurait été le sien sans cette aventure, mais en est-on sûr ? Sait-on si cela fut négatif ? En ces matières, souvent, les conséquences de la révélation immédiate sont plus dangereuses que l’enfouissement dans la mémoire ; mais de cela le monde moralisateur, aiguillonné par l’ultra-féministe hystérique, n’a cure : ce qui compte, c’est moins le devenir de la prétendue victime que la mise en exergue d’un tort masculin. Le but n’est pas d’aider mais de démontrer, d’avoir raison ; de capturer le pouvoir.

Ces mêmes furies qui s’offusquent d’une entaille délicate dans l’hymen de la jeune fille, vouant au diable le gynécologue des années 80, sont bien muettes à propos des praticiens d’aujourd’hui qui reconstituent ce marqueur anatomique pour satisfaire l’ego brutal de mâles exotiques ; bientôt elles militeront pour l’excision remboursée à 100 % !

Quelle hypocrisie !

Que l’on comprenne bien mon propos ; je dénonce les logiques de boutiquiers, les enfumeurs médiatiques, les calculs sordides, « Matzneff ça va faire combien d’heures de plateau ? » « Tu sais une histoire de dépucelage de gamine, c’est bon pour l’audience » « Julliard c’est vu côté fric ? » « Ouai » « OK on met le paquet ». Je dénonce les traumatismes réinventés tout autant que les compassions téléguidées, combien de ces femmes accusatrices, devenues puissantes ou célèbres, le seraient sans ces faits qu’elles dénoncent ? L’avis des pédo-psychiatres est-il fiable ? Dans leur démarche, quelle part de dogmatisme, quel effort de préservation des prés carrés ? Voir un « psy » une fois, c’est en être altéré sans cesse.

Je dénonce les faux-semblants et les fausses évidences, les approximations, les opinions conjoncturelles, l’intelligence qui baisse le front devant le discours convenu des puissances illégitimes ; même coupable Gabriel Matzneff devrait être défendu par ceux que la liberté éclaire.

Si la pédophilie doit être jugulée, elle doit aussi être définie plus justement, mais en la matière les limites sont complexes à établir. L’adolescence est une période mobile, les développements n’y sont pas linéaires, telle bonne élève, ayant une vision claire de son avenir, disposera d’une maturité émotionnelle faible, une autre au contraire aura globalement et à un même niveau pris possession de toutes les parties de sa personnalité ; enfin celle-ci, blondinette insignifiante, recèle une richesse de sentiments que nourrit une imagination fertile. Trouver le petit bouton d’allumage ouvre le flot de sensualité qu’elle cachait. Chaque cas est spécifique et la réalité du consentement difficile à discerner d’autant qu’il n’est pas toujours synchrone avec le désir.

Il faut pourtant légiférer parce qu’il y a aussi des pervers inquiétants et des faiblesses de jugement, parce qu’il faut séparer l’enfant de l’adolescent, dont on ne dira jamais assez que c’est une invention récente. Un âge en dessous duquel, quelle que soit la différence d’âge entre les partenaires, tout acte sexuel est condamnable – le juge restant seul décideur –, pourrait être désigné par des signes physiologiques, par exemple, pour les jeunes filles, quinze mois après l’apparition des premières règles. La même référence pourrait alors servir pour déterminer un âge où la loi générale s’applique, par exemple 30 mois plus tard ; durant ce temps il pourrait y avoir un délit dans le cas d’une relation mineur/majeur (des deux sexes) dont la peine serait modulée par le tribunal en fonction des éléments connus : bien sûr absence de contrainte, réaffirmation du mineur de son assentiment au moment de l’acte, type de liberté quotidienne donnée à l’adolescent par ses parents, etc. Ainsi il y aurait un espace possible pour les couples allant au bout de leur rencontre ; l’adulte restant punissable, peu, et au gré des jugements. Le flou évite bien souvent les censeurs maladifs… entre Le Bernin et Philipo Néri, je choisi l’Art, Calvin et Khomeiny repasseront.

Je le sais, Gabriel Matzneff est allé plus loin que l’amour des jeunes filles énamourées et quémandeuses, aussi loin que quelques ministres célèbres de notre temps et de tant d’autres ; cependant il n’est pas Maldoror et encore moins Gilles de Rais. D’ailleurs, les milieux homosexuels étant ce qu’ils sont, « l’affaire » montée par quelque officine néo-puritaine ne centre pas ses attaques sur ce point. C’est pourquoi ce texte évoque essentiellement les rapports entre un adulte et une jeune fille pubère.

Bien dans l’esprit du petit milieu borné et vénal des rédactions parisiennes, cette misérable campagne rejoint les dingueries gauchistes ayant comme point commun de nier les réalités des différences physiologiques et psychologiques des sexes ; ce que n’admet pas madame Springora, c’est que pour être « sous emprise », il faut avant tout avoir le désir d’être prise.

Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une Moabite,

S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,

Espérant on ne sait quel rayon inconnu,

Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Le soldat NDA

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En une quinzaine de jours, les sondages, en panne depuis un mois, pour la liste « Amoureux de la France » ont commencé à baisser. Certes la campagne de NDA a été semée d’embûches et de déconvenues, mais cela n’explique pas tout.

Quelques cadres du Rassemblement National, et de nombreux militants, surtout ceux à la mode « Jean-Marie », alimentent une campagne anti-DLF sur le thème de « il faut battre Macron ».

Il s’agit d’une action désastreuse pour le camp national. Voici pourquoi.

Déjà notons que Macron se moque éperdument qu’il y ait un, deux ou trois députés RN de plus que les élus LREM, ces derniers rejoindront au Parlement européen le groupe ALDE – ou la copie qui le remplacera – qui est celui qui va le plus progresser. Il sera incontournable dans les instances de l’UE et peut être même arrivera-t-il à obtenir du PPE (son rival et allié) la présidence de la Commission ; autant dire que Macron a déjà gagné !

Quant à ceux qui croient à l’éclatement du PPE, avec un Orban partant, ils seront déçus car ce dirigeant n’est pas fou et ne s’aliènera pas ceux qui donnent des subventions à son pays.

« Arriver devant Macron » le slogan et l’idée sont d’un niveau de cour d’école, comme ces images débiles qui circulent montrant Marine Le Pen donnant une fessé à Macron, ce duel inventé par un président manipulateur a fonctionné comme un piège dans lequel tombent ceux qui n’ont pas compris grand chose aux enjeux.

Chauffés à blanc, dans leur délire « on va gagner » ils sont aveuglés par leur propre propagande et ne voient pas les chiffres, lesquels donnent, à ce jour, 24 députés RN qui iront dans le groupe avec Salvini pour un total de 74 sièges, soit 9,85 % du Parlement européen c’est-à-dire pas grand-chose ; la moitié du groupe socialiste pourtant en déconfiture. Insensibles aussi au système d’attribution des sièges qui fait que si DLF n’atteint pas 5 % ce n’est pas le RN qui en profitera mais toutes les listes ayant fait plus de 5 %, cela fera sans doute un député de plus pour le RN, mais aussi un de plus pour LREM et LR ; alors que l’entrée de DLF dans l’hémicycle européen apporterait 4 députés de plus pour le camp national, laissant le RN à son niveau.

Et pas que cela.

La peur des mondialistes en France, c’est le rapprochement de la droite souverainiste et de la droite classique, mais là aussi la primarité des militants RN visés plus haut est consternante. En effet englués dans leur certitude du « grand jour », aveugles à la réalité qui fait que les 2/3 des Français ne voteront jamais pour le RN, fût-il rénové, ils ne sont capables d’imaginer ce rapprochement que sous la forme de « l’union » qui dans, leur absence de nuances, se confond avec l’absorption par le RN des autres composantes de la droite, à commencer par DLF. Esprit totalitaire d’un grand parti unique !

C’est d’une alliance dont la droite a besoin, et, dans « alliance » il y a alliés, pas supplétifs. Il s’agit de bâtir une alternance par la compostion des thèmes communs, par la négociation, par le respect mutuel. Nicolas Dupont-Aignan a fait sa part du chemin en soutenant Marine Le Pen au second tour, c’est cette voie qu’il faut poursuivre. Par sa position de pivot entre les droites souverainistes dures,  la droite sociétale, la droite des valeurs chrétiennes, celle du capitalisme régulé, il est le seul à pouvoir amener vers le conglomérat des droites des électeurs rejetant le RN mais ne voulant plus ou pas de Macron et de sa destruction de la France. Mais pour cela il faut que DLF existe à un niveau plus ferme, c’est le sens de la candidature de NDA aux européennes.

Ces élections européennes n’ont pas de conséquences nationales, Macron ne va pas changer un iota de sa politique quel que que soit le résultat, il n’y a rien de plus stupide que de croire qu’un bon résultat – rappelons que le RN est au niveau du FN de 2014 – pourrait infléchir le programme de Macron, voire le pousser à la démission. Pourtant ces élections servent à quelque chose que les réactifs, les simplistes, ne perçoivent pas : les négociations d’avant les municipales, et c’est là que cette campagne de dénigrement va perturber des contacts, des conciliabules anciens, des idées déjà avancées pour faire naître des listes communes de la droite souverainiste, avec ou sans étiquette politique.

Parce que nous, gens avertis, dans nos fédérations, dans nos provinces, on y travaille à cette alliance, depuis des années, on se voit entre nous, on se dit les choses, on évite les coups bas, bref on crée du lien et les conditions pour travailler plus tard ensemble, d’égaux à égaux ; on sait que les électeurs demandent cet accord, on sait aussi qu’ils ne veulent pas être les otages d’un passé orageux.

Et ces tentatives municipales, même avortées ou sans victoire, mêmes limitées, sont un moyen de préparer la grande élection à visée nationale, celle juste avant la présidentielle de 2022, je parle des régionales où des listes communes, explicites, ouvertes même à l’UPR et aux Patriotes, accueillant toutes les droites qui veulent changer la donne, seraient possibles. C’est là qu’il faudra renverser les majorités LREM, socialistes et Républicains Macron-compatibles. Mais voilà devant l’invective, trop faibles, face à un RN hégémonique, comment les ferions-nous ?

Pour l’instant, des centaines de messages sur les réseaux sociaux, venant, non de la gauche, mais du RN, se réjouissent des difficultés de NDA et cherchent à les amplifier ; sans entendre l’éclat de rire de Macron à l’Élysée : « ils n’ont rien vu, ah les cons !».

Pour un peu, c’est à se demander si la politique n’est pas une chose trop sérieuse pour la laisser aux électeurs !

Démocratie et nombre de députés

Publié dans Riposte laïque

Le mouvement des gilets jaunes, parce qu’informel et faisant émerger des propositions « à la volée », a relancé la discussion sur le nombre de parlementaires et les économies que sa réduction permettrait de faire.

Rappelons qu’il y a 47 millions d’inscrits sur les listes électorales et 577 députés, donc un élu pour 81.500 citoyens, ou pour 116.000 Français. Chiffres peu éloignés des autres démocraties, lesquelles n’ont pas de tradition jacobine et disposent de Parlements régionaux ayant davantage de compétences que les nôtres. Les États-Unis sont souvent cités à l’échelon fédéral comme ayant peu d’élus en oubliant de dire que le travail législatif fédéral est faible, mais à l’échelon des États fédérés, notons en exemple que la Virginie élit 100 députés pour 6 millions de votants.

Il faut également tenir compte du lien territorial, même si en droit strict le député français n’est pas le représentant de la circonscription qui l’a élu ; les pratiques de la Ve République et les habitudes politiques lui donnent, et de plus en plus, ce rôle d’intercesseur. La France est un pays étendu : en décomptant les 11 députés élus par les Français de l’étranger, nous obtenons un député pour 1.190 km² ; en comparaison, aux Pays-Bas, il y a un député pour 276 km² et un pour 598 km² en Allemagne (chiffre curieusement identique au nombre de députés).

Donc, la représentativité des députés français n’a pas à être mise en cause et l’on ne peut que penser que ce débat a un arrière-goût d’antiparlementarisme, thème historiquement cher autant à l’extrême gauche qu’à la droite non républicaine.

Le budget 2018 de l’Assemblé nationale, en baisse par rapport à 2017, est de l’ordre de 550 millions ; le coût réellement lié aux députés (indemnités, secrétariat, administration, transports, etc.) est approximativement de 300 millions, soit 520.000 euros par député – 100.000 de moins que les députés européens !

Une diminution de 177 députés ne produirait donc qu’une économie de l’ordre de 90 millions et une belle panique dans l’organisation du Parlement et des élections ; avec, en prime, la manipulation des circonscriptions pour favoriser LREM et les villes au détriment des autres partis, surtout les petits, et des campagnes. N’en doutons pas, la démocratie réelle en serait affectée.

Ces quelques millions représenteraient 0,024 % du budget de l’État ; ayons à l’esprit qu’UN Rafale et son équipement, c’est presque le double, ou que le programme Barracuda, ce sera 9 milliards pour 6 sous-marins, c’est-à-dire 100 fois plus !

La proposition est donc au mieux une gentille lubie irréfléchie, au pire une manipulation démagogique. Si, pour ses promoteurs de la « société civile » peu au fait des réalités budgétaires et fonctionnelles de la nation, elle apparaît comme une mesure de bon sens économe, elle est, pour ses thuriféraires technocratiques, un moyen de plus d’éloigner les citoyens de leur représentants, de diminuer les moyens du Parlement national, de minorer ce rouage essentiel de la démocratie. Il s’agit de peu à peu étouffer les représentations nationales dans le grand dessein de la création artificielle d’une nation européenne.

Les partis qui se targuent de défendre la nation française seraient bien inspirés de ne pas aller dans ce sens.

Arithmétique et politique

Publié dans Boulevard Voltaire

Poussés par la stratégie de division, de diversion, de salissure d’un président toujours à l’affut d’un mauvais coup, l’on voit depuis 10 jours des appels à transformer les élections européennes en un référendum anti-macron. Sottise, ces élections sont les seules en France qui soient au scrutin proportionnel, elles sont l’unique occasion pour que le Peuple exprime finement son opinion.

Sottise, puisque le sujet est de dire ce que nous pensons de l’Union Européenne, de son fonctionnement, de son avenir ; pour comprendre l’avis des Français sur leur gouvernement  … nullement besoin d’élections, nous le savons tous.

Sottise, puisque de toutes façons, à Bruxelles, LREM et LR rejoindront les partis européens qui gouvernent – et vont gouverner ! – ensemble pour toujours plus d’Europe.

Il n’y a pas de sens politique à vouloir que la liste RN « gagne » devant celle de LREM, cela ne changera pas la situation politique en France, cela changera encore moins les rapports de forces au sein du Parlement Européen.

Selon les sondages et les résultats des dernières élections dans les pays de l’Union Européenne les trois partis qui se sont entendus pour diriger l’Europe, à savoir le PPE, S&D et ALDE, seront de nouveau largement majoritaires le 27 Mai, le camp des euro-septiques, augmentera le nombre de ses députés, mais restera divisé et ne représentera même pas le tiers des sièges. Compte tenu du fonctionnement totalitaire de ce parlement, autant dire qu’ils feront de la figuration, avec de temps en temps des coups de gueules salutaires ; rien de plus, rien de mieux.

Macron avait annoncé une opposition entre « progressistes » mondialistes et populistes patriotes, c’était pertinent ; l’absence volontaire de campagne sur le fond n’a pas permis un débat, et ce duel, Macron va le gagner et le fera savoir !

Nous votons, mais combien savent comment sont attribués les sièges ? Qui sait qu’il n’y a aucun intérêt à arriver en tête puisqu’il n’y a pas de prime au vainqueur, qui sait que les voix des listes faisant moins de 5% sont de facto réparties entre les autres en proportion des votes, c’est pourtant cela qu’il faut avoir en tête. Si Les Patriotes et l’UPR avaient accepté de faire liste commune avec DLF (sans accord politique, juste présence et appel au vote) messieurs Philippot et Asselineau étaient assurés d’êtres élus, alors que les quelques pourcents qu’ils vont obtenir risquent, comme lors de la présidentielle, d’empêcher DLF de franchir le seuil. Calcul sinistre : « Je préfère vous faire perdre que d’être élu avec vous ! ».

Il  y a pire, le RN aussi joue un jeu perdant, en appelant à répondre au duel proposé par Macron il fait croire à un « vote utile » qui n’existe pas dans cette élection à un tour. Si DLF n’a pas d’élus, ses votes profiteront autant à LREM, LFI, EELV, LR qu’au RN. Cela découle de la règle de calcul. Macron triomphera disant que les pro-UE représentent les ¾ des français et qu’il est leur chef. Beau résultat pour le camp patriote !

Voyons maintenant le cas où la propagande « utilitariste » serait combattue par les électeurs responsables et calculateurs, c’est-à-dire effectuant un authentique vote politique. LREM et le RN resteront peu ou prou à égalité, les 4 ou 5 députés DLF viendront s’ajouter aux 23 du RN, le camp souverainiste sera à 1/3, ce qui empêchera Macron de pavoiser.

Il serait dommage que des électeurs sincères mais abusés ne perçoivent pas le piège : pas d’élus pour DLF n’apporte qu’un député de plus pour le RN, des élus DLF ajoutent 4 ou 5 députés au camp national.

Lorsqu’au second tour de la présidentielle Nicolas Dupont-Aignan, avec courage a apporté sous soutien actif à Marine le Pen il à choisi, pour la France, la voie de l’honneur et de la constance politique ; chacun sait ce que cela lui a couté, il serait peut être temps pour les électeurs de renvoyer l’ascenseur !

Nous devons tous n’avoir qu’un seul horizon : 51% en 2022 ; le RN peut-il y arriver seul ?

L’Europe Allemande.

Intervention publique à Toulouse le 23 Avril 2019

L’idée d’un rassemblement des nations de l’Europe est récente et pourtant plonge dans les racines antiques de notre culture.

Pour comprendre le fonctionnement complexe et assez tortueux de l’Union Européenne, pour saisir les rapports de forces au sein du parlement européen il faut revenir en arrière et faire de l’Histoire ; permettez-moi donc de consacrer cinq minutes à un détour historique.

Les thuriféraires de l’union européenne font généralement remonter l’idée au fameux discours de Victor Hugo sur les États-Unis d’Europe le 21 Aout 1849 à l’occasion du congrès pour la paix. Notons que dans la récupération du grand écrivain la part chrétienne et ethno-centrée sur la race blanche du propos de Victor Hugo est occultée.

Cependant, c’est bien vite oublier la première tentative, celle de Napoléon Ier, dont l’Empire utilisait toutes les volontés, nommant ainsi des préfets Italiens en Bretagne, ou des Hollandais à Milan ; dans la grande armée la moitié des hommes ne viennent pas de France. Napoléon ne fait que suivre Bonaparte, l’Empire nait de la révolution et de son rêve d’universel. Prévoyant de déplacer la capitale de Paris vers Rome, hors donc de la référence française, l’Empereur ne voulait pas reprendre à son compte la grandeur militaire des légions mais bien l’œuvre civilisatrice et rassembleuse. Du reste durant des siècles après la fin de l’Empire Romain l’imaginaire européen sera hanté par l’unité perdue, que ne saura pas récupérer le saint Empire Romain Germanique mais qu’incarnera, jusqu’au schisme réformé, le Pape, c’est-à-dire l’évêque de Rome. Rome, La Ville, l’Urb, que nous retrouverons à la signature du traité à l’origine de l’Union Européenne actuelle. Rappelons que la « constitution européenne de 2004 » rejetée par le référendum de 2005 fut aussi signée à Rome.

Mais, entre l’aiglon, Roi de Rome, le fils de Napoléon au destin tragique et le 25 Mars 1957 jour fondateur de la Communauté Économique Européenne, il y eu deux autres tentatives, liées entre elles malgré les apparences.

Comme figure marquante de la première, nous trouvons Aristide Briand,  que je qualifierais de premier traitre par irénisme. Tout comme l’Empereur Hadrien baissant la garde et montrant la voie aux barbares, il est de ceux qui pensent qu’en atténuant les pressions on affaibli les agressions, que l’exemple du désarmement désarme les oppositions … Le pacifisme de l’après-grande-guerre est souvent plus empreint de cette lâcheté active et démonstrative, que formé de la peur et des souvenirs des souffrances endurées.

Le traité de Versailles est la première incursion majeure des américains dans la marche du monde, catastrophique pour l’Europe, désastreuse pour la France ; au fond c’est le brouillon de la suite jusqu’à nos jours. Nous nous voyons volée notre victoire, par les anglo-saxons dont la participation à l’effort militaire, a été, mesurée et pleine d’arrière-pensées pour les anglais, et inconséquente pour les américains ; leur véto à la poursuite de l’offensive jusqu’à Berlin est emblématique.

En Octobre 1914 A. Briand est président du conseil (en charge du ministère des affaires étrangères) , il ne sait ou ne veut prendre la mesure des erreurs militaires, dés 1916 il s’oppose à Clemenceau, il intrigue pour éviter la promotion des « jusqu’au-boutistes », il ne perçoit rien de ce qui se passe en Russie, et recherche l’entrée en guerre des États-Unis dont on sait pourtant que l’armée n’est ni correctement équipée, ni entrainée. Il prépare la déconfiture et le recours américain, c’est Daladier avant l’heure.

La suite est une incessante reculade internationale alors que nous disposons de l’armée –et de la marine– la plus puissante du monde, c’est le traité de Locarno en 1925 qui annule, ou presque, les réparations que l’Allemagne doit à la France, qui consacre les demandes des États-Unis, induit la crise de 1929 et  l’arrivée d’Hitler. C’est aussi, à travers l’utopique SDN, le refus de reconnaitre l’Italianité du nord de l’Adriatique (Fiume, Trieste) qui nous aliène Mussolini, pourtant francophile et francophone. Tout ceci pour arriver au  Mémorandum sur l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne publié en Septembre 1929 ; 10 après « l’étrange défaite » lui doit un peu. Ce document est le manifeste de l’auto-castration française, 90 ans plus tard il est le fil conducteur de la France – et d’elle seule ! – dans toutes les étapes de constitution de l’UE : abandon unilatéral des éléments de notre puissance et de notre souveraineté, comme gage de notre bonne volonté unioniste. Ce dépeçage étant le plus souvent pour les aspects diplomatiques ou culturels au profit des anglo-saxons et pour l’économie à celui de l’Allemagne.

C’est à la SDN que nous voyons apparaitre un autre traitre, en pire, car cynique et vénal, le dieu des européistes, Jean Monet.

Une heure ne suffirait pas à l’énoncé de ses forfaitures, il suffit de savoir qu’il fut durant la guerre, non pas à Londres avec la résistance nationale, mais à Washington, comme secrétaire particulier du très, très francophobe Roosevelt.

Mais avant de conclure cette introduction, parlons un peu de cette tentative d’union liée à la précédente : il s’agit de celle menée, au début des années 40, par des technocrates et intellectuels européens, souvent français, ayant été dans la mouvance de Briand ou de la SDN, dont nous avons un bel exemple avec François Mitterand, ou Saint-John Perse[1] –grand poète mais demi-salopard – ou encore Hubert Beuve-Méry fondateur du journal Le Monde qui attendra d’être certain de la défaite nazie pour rejoindre prudemment, mais visiblement, la résistance ; ce dernier sera imposé à De Gaulle par des forces occultes proches de celles qui aideront Bousquet et Jean-Paul Martin[2]. Une citation illustre tout « Et puis, si c’est Monsieur Hitler qui nous fait l’Europe, et bien tant pis ».

Ainsi Robert Schuman, glorifié « père français » de l’Europe, né allemand, favorable aux accords de Munich, ministre de Pétain, est bien dans l’esprit de la fondation de l’U.E.

Il faudrait parler de Walter Hallstein, premier Président de la Commission (1958- 1967 : plus long), et juriste de Hitler.

Nous n’avons pas le temps de tracer toutes les étapes de ce qui est nommé « construction européenne », mais les pistes que je vous ai donné dans cette introduction doivent éclairer votre compréhension des structures actuelles de l’Union Européenne que je vais maintenant vous décrire.

L’union européenne n’est, ni un état, ni une fédération, ni une confédération, ni même une organisation internationale ; pourtant elle regroupe le plus grand espace de démocraties de la planète, le plus grand marché économique, le troisième ensemble démographique. Pourtant elle dispose de la personnalité juridique d’un état, d’un parlement, d’une gouvernance, que manque-t-il alors ? Une nation est essentiellement un ensemble d’individus liés par une histoire commune, il apparait que les états de l’UE ont une part d’histoire commune, que manque-t-il alors ? Et bien il manque deux choses : la notion de solidarité implicite et l’appartenance culturelle. Toutes les deux butent  sur les réalités démographiques, historiques et économiques de la partie alémanique de l’UE : pas de Peuple sans culture unique, pas de culture sans langue, pas de démocratie sans Peuple.

L’UE est donc un non-état, non démocratique, administrant des Peuples n’ayant pas de solidarité naturelle entre eux ; pourquoi pas ! Seulement nous l’avons vu sa filiation intellectuelle n’est pas apte à accepter ce fait, et tout le fonctionnement de l’UE est à lire sur ce refus, l’UE ne désire pas être la gestionnaire du réel mais l’instrument d’une modification complète, anthropologique même, du continent, de ses peuples –voir de son peuplement–, ses institutions ne poursuivent que ce but.

L’UE comprend 7 institutions (Art 13 TUE) dont 4 principales :

– le Conseil Européen, formés des chefs d’États ou de gouvernements ;

– le Conseil (de l’Union), formé de ministres aux compétences diverses selon l’ordre du jour (niveau gouvernemental) ;

– le Parlement Européen ;

– la Commission ;

-la Cour de justice de l’Union européenne ;

– la Banque Centrale Européenne ;

– la Cour des Comptes Européenne.

Les deux premières –les conseils– sont des institutions inter-étatiques tandis que les 5 autres sont des institutions supranationales.

Les trois dernières, très souvent négligées, sont en fait les instruments les plus efficaces dans la déconstruction des états-nations, étape indispensable du projet européen.

Le Conseil de l’Europe (droit de l’homme) n’a aucun lien organique avec l’Union Européenne.

Voici un aperçu du fonctionnement et de la formation de ces institutions lointaines qui, pourtant, influent fortement sur nos vies.

La Cour de Justice :

La Cour de Justice est formée par des Juges nommés par chaque gouvernement qui siègent dans des chambres spécialisées ou pas ; son siège est à Luxembourg. Si les procédures se font la langue la plus proche de la cause, il est de tradition que les débats entre Juges et les arrêts se déroulent en Français ; la pression des pays de l’Est tend à corrompre cet état de fait.

Voici un extrait du site officiel qui éclaire le rôle considérable et quasi-irréversible de cet organe :

Au fil de sa jurisprudence, la Cour de Justice a dégagé l’obligation pour les administrations et les juges nationaux d’appliquer pleinement le droit de l’Union à l’intérieur de leur sphère de compétence et de protéger les droits conférés par celui-ci aux citoyens (application directe du droit de l’Union), en laissant inappliquée toute disposition contraire du droit national, qu’elle soit antérieure ou postérieure à la norme de l’Union (primauté du droit de l’Union sur le droit national).

La Cour a également reconnu le principe de la responsabilité des États membres pour la violation du droit de l’Union  …

Donc nous avons un droit jurisprudentiel, contraire aux pratiques majoritaires en Europe, et qui s’impose aux législations nationales. Or le Droit, s’il n’est pas la source du contrat social, l’irrigue, la Cour de Justice à donc le pouvoir, et ne se prive pas de l’exercer, de modifier les rapports des français entre eux et avec notre organisation politique.

La Banque centrale européenne :

La Banque centrale européenne « gère » l’Euro, et, bien que cette monnaie ne soit pas celle de tous les états membres de l’UE et qu’elle soit aussi celle d’états non-membres[3] c’est cet organisme qui est à la source des décisions économiques de l’UE.

Elle dispose d’un budget propre et hors de contrôle des autres instances européennes. Son capital est variable et les états de l’UE qui n’ont pas adopté l’Euro son tenus de participer au financement de la BCE.

Le conseil des gouverneurs sert d’instigateur de la politique et de contrôle des organes actifs de la BCE, il est formé de tous les gouverneurs des banques centrales, et des directeurs de la BCE, un système de rotation prive de droit de vote certains pays pour des périodes de l’année.

Le directoire de 6 membres nommés par le Conseil européen (chefs d’états), statuant à la majorité qualifiée[4], dirige la BCE. Les extraits ci-après des curriculum vitae montrent à quel courant de pensée appartiennent les directeurs :

Mario Draghi, actuel président de la BCE était de 2002 à 2005 vice-président et directeur général de Goldman Sachs International dont l’implication dans le désastre Grec et autres folies d’ingénierie financière est connu.Luis de Guindos (vice-président) était de 2006 à 2008 directeur général pour la péninsule ibérique (Amérique du Sud) de Lehman Brothers, responsable important  de la crise financière des subprimes. Yves Mersch  de 2010 à 2012 était vice-président du conseil d’administration de l’International Islamic Liquidity Management Corporation. C’est-à-dire l’organisme qui gère des fonds considérables pour engager des opérations bancaires conforment à la sharia.

La langue de travail est l’anglais, alors même qu’aucun pays ayant adopté l’Euro est anglophone (sauf l’Irlande en plus du Gaelic et Malte en plus du Maltais, 1% de la population de l’UE) ; elle respecte peu l’obligation de traductions imposée par les traités. Le siège est en Allemagne à Frankfort, le directeur général est un Allemand (Michael Diemer).

La BCE s’appuie sur le travail de « comités » assez occultes dont 90% des membres appartiennent au système financier mondial et aux multinationales (surtout allemandes et anglo-saxonnes).

Le discours officiel insiste beaucoup sur l’indépendance de la BCE comme garantissant une politique sans favoritisme pour un pays, mais il s’agit surtout d’interdire que des états, même puissants et unis puissent modifier l’orientation politique de la BCE totalement soumise à la doxa de la financiarisation de l’économie et du marché tout-puissant.

Les marchandages de candidatures entre états sont atténués par une forme de cooptation préalable, assortie de sourdes menaces pour les états récalcitrants comme Chypre, la Grèce ou l’Italie ont pu le constater.

La BCE a le droit d’adopter des règlements contraignants dans la mesure nécessaire à l’accomplissement des missions du SEBC[5] ainsi que dans certains autres cas stipulés dans des actes spécifiques du Conseil de l’UE.

La Cour des Comptes :

La Cour des Comptes comporte un représentant par état membre et 900 fonctionnaires. Ses membres sont généralement des hauts-fonctionnaires spécialistes reconnus des finances publiques, plus rarement des élus et anciens responsables politiques.

Les membres sont nommés par le Conseil (ministres), après consultation du Parlement européen, pour un mandat renouvelable de six ans.

En plus de son audit permanent des finances des différentes structures de l’U.E. (hors BCE) la Cour des Comptes produit des rapports et propositions dans les différents domaines couvert par ses comités spécialisées.

Ce paragraphe extrait du dernier rapport officiel est éloquent quand au poids réel de la Cour des Comptes :

La Cour espère relever le défi qui consistera, dans les années à venir, à contribuer au renforcement de l’obligation de rendre compte faite à l’UE envers les citoyens concernant les fonds publics, qu’elle octroie pour réaliser ses objectifs.

On ne peut être plus clair sur l’opacité de l’attribution des fonds européens et le peu de poids de la Cour des Comptes.

Le Conseil Européen :

Le Conseil Européen est formé des chefs d’États ou de gouvernements, son président est choisi en son sein pour 3 ans renouvelables  (actuellement  Donald Tusk, Pologne) ; initié en 1974 il est devenu un organe officiel par l’acte unique de 1986.  Selon l’article 4 du TUE Le Conseil européen fournit à l’Union « l’impulsion nécessaire à son développement » et définit « les orientations politiques générales« .

Il se réunit 4 fois par an, parfois plus comme lors de la crise de 2008 ou le Brexit.

C’est un organe éminemment politique qui permet de mesurer l’implication « européenne » des gouvernements et de dégager des consensus propres à dépasser les blocages nationaux. La personnalisation et la dramatisation sont souvent au menu des sommets européens, particulièrement lorsqu’il s’agit d’aller à l’encontre d’un choix démocratique d’un peuple européen ; éventuellement en pesant psychologiquement sur un élu isolé.

Le Conseil ( de l’UE ) :

Le Conseil de l’UE appelé à l’origine « Conseil des ministres » et souvent abrégé en « conseil » est formé de ministres des gouvernements de chaque état membre, qui, selon les sujets traités, se réunissent en formations spécialisées par  compétences, à savoir :

« Agriculture et pêche », « Compétitivité », « Justice et affaires intérieures », « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs », « Transports, télécommunications et énergie », « Affaires générales », « Affaires étrangères », « Affaires économiques et financières » et « Éducation, jeunesse et culture ».

Le Conseil de l’UE est présidé à tour de rôle par chaque État membre pour une période de six mois, selon un ordre préétabli.

Il est, avec le Parlement européen, l’organe législateur de l’UE.

Les domaines d’intervention du Conseil de l’UE sont multiples : fonction législative mais aussi autorité budgétaire, fonction de mise en œuvre du droit de l’Union (« comitologie »), pouvoir de nomination…

Le Conseil, conjointement avec le Parlement européen, exerce la fonction législative.

La procédure ordinaire est une navette entre le Parlement et le Conseil.

Sauf exception prévue par les traités, un texte ne peut pas être adopté s’il y a  désaccord entre le Conseil et le Parlement européen. Dans ce cas la Commission est le plus souvent l’arbitre ultime.

Le conseil co-exerce l’autorité budgétaire : à ce titre, il arrête et modifie le budget européen avec le Parlement, ce dernier ayant un rôle ultime dans la procédure d’adoption du budget annuel).

Le conseil adopte également des recommandations non contraignantes, conclut les accords internationaux de l’Union, nomme les membres de la Cour des comptes, du Comité Économique et Social Européen et du Comité des régions.

 Le conseil prend les décisions politiques dans le domaine monétaire, notamment dans le cadre de l’Eurogroupe.

Ce dernier illustre à lui seul la gouvernance de l’UE, c’est un organe informel formé des représentants des états ayant adopté l’Euro chargé d’imposer ses vues aux autres états membres.[6]

La Commission européenne :

Objet de tous les ressentiments la commission est l’institution qui incarne le plus l’UE ; cet extrait officiel en donne la raison :

La Commission européenne est l’organe exécutif de l’Union européenne. Elle est politiquement indépendante et promeut l’intérêt général de l’Union. Dans le cadre des grandes orientations fixées par le Conseil européen (chefs d’états), elle prépare et met en œuvre les décisions du Conseil de l’Union européenne (gouvernement) et du Parlement européen.

Cet organe de dirigeants non-élus, devenant apatrides, ne rendant de compte à personne, disposant de près de 35 000 fonctionnaires (dont 6 000 pour les traductions !), aux salaires et avantages considérables ne peut que faire naitre, au minium la suspicion et souvent la haine.

Renonçant à leur nationalité –sur ce plan les français sont les plus acharnés, n’hésitant pas pour « faire bien » à critiquer et défavoriser notre pays – ils sont garants et constructeurs de l’intérêt général européen contre celui des états ; n’hésitant pas à intervenir dans l’exercice démocratique d’états membres, comme on l’a vu avec les commissaires français et allemands Moscovici et Oettinger en Italie.

Pourtant la Commission Européenne a peu de pouvoir réel ; sa principale fonction est l’initiative des textes législatifs, qu’elle exerce en principe seule mais qui dans la pratique est fortement influencé par le Conseil et le Parlement européens.

Elle propose également chaque année le budget de l’UE et peut, en tant que « gardienne des traités », sanctionner un État membre qui ne respecterait pas ces derniers.

Les propositions de la Commission européenne sont ensuite amendées, approuvées ou rejetées par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne ; au cours de navettes assez secrètes et n’incluant que les partis de l’alliance au pouvoir.

Elle est « l’exécutif européen » mais sans l’onction de l’élection démocratique, cette incongruité est à l’origine des critiques structurelles des partis eurosceptiques.

Le parlement :

Dire que nous allons élire le parlement européen est sans conteste un abus de langage, nous allons élire 9,85% d’un organe de représentation bâtard. Pour que cette élection soit vraiment représentative de l’état de l’opinion européenne il faudrait que les listes soient explicitement représentatives d’options politiques européennes et présentées comme telles. Ainsi nous voterions en France, comme ailleurs, pour les mêmes programmes, les mêmes listes, à charge pour elles de répartir les nationalités de leurs candidats selon leurs critères propres. Rien que l’ordre des noms serait démonstratif des choix patriotes ou trans-nationaux. On imagine les Verts organisant un grand happening, fumette et rap pour désigner leurs 751 candidats.es !

On nous fait croire qu’il y aurait un Peuple européen, une solidarité européenne, une globalisation des avenirs, mais on se réfugie prudemment derrière la segmentation nationale … indépassable !

Après avoir longtemps siégé à Strasbourg, le parlement s’est rapproché de l’organe exécutif  et siège aussi à Bruxelles. Il y fort à parier que cette transhumance couteuse sera supprimée dans la législature à venir ; les députés de l’Est n’aiment pas Strasbourg, ville trop française et pas assez anglophone pour eux. Leur amour de l’OTAN et leurs liens avec les États-Unis ne se démentent jamais.

Il est dit et redit, même par des meneurs d’opinion importants, que le Parlement Européen n’a aucun pouvoir ; c’est inexact.

Structurellement il exerce diverses prérogatives ; nous l’avons vu en parlant du conseil (des ministres) il légifère avec ce dernier sur le mode de la co-décison dans le cas de la procédure législative ordinaire.

Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le Parlement européen partage, avec le Conseil, le pouvoir d’adopter l’ensemble du budget annuel de l’Union européenne. Il a le dernier mot après une procédure assez lourde qui fait entrer en jeu un comité de conciliation (de fait la Commission) il peut refuser le budget à la majorité de ses membres, ou l’adopter malgré le refus du Conseil, à la majorité des membres et des 3/5e des suffrages exprimés, dans les 14 jours après la décision du Conseil.

En plus de ces rôles législatif et budgétaire le parlement dispose d’un puissant levier de contrôle.

Le Président du Parlement européen intervient au début de chaque Conseil Européen pour exposer la position de l’institution sur les sujets qui seront abordés par les chefs d’État et de gouvernement. À l’issue du sommet, le Président du Conseil présente un rapport au Parlement.

Au début et à la fin de son mandat, le Président du Conseil de l’Union européenne participe à un débat au parlement, en séance plénière, sur son programme.

Les députés européens peuvent adresser au Conseil des questions ou suggestions.

Le Parlement européen approuve la composition de la Commission. Depuis 1994, les commissaires désignés doivent se soumettre à une audition devant le Parlement. En vertu du traité de Lisbonne, le Conseil Européen propose un candidat pour la présidence de la Commission en tenant compte des résultats des élections européennes. Ce candidat doit ensuite être élu par le Parlement.

Le Parlement peut adopter une motion de censure à l’encontre de la Commission et a même le pouvoir de la dissoudre.

Le Parlement peut demander à la Cour de Justice d’engager une action contre le Conseil (des ministres) ou la Commission.

La Cour des comptes présente son rapport annuel au Conseil ainsi qu’au Parlement européen. Le Parlement vote ou non la décharge budgétaire.

Le Parlement doit être consulté avant la nomination des membres de la Cour des comptes par le Conseil.

Le Parlement européen est consulté avant que le président, le vice-président et le directoire de la Banque centrale européenne (BCE) ne soient nommés par le Conseil européen (chefs d’états).

Le président de la BCE présente le rapport annuel de l’institution en séance plénière.

Conclusion :

J’ai essayé de faire vite afin d’avoir encore un peu de votre attention pour prendre quelques minutes à faire le point sur les partis politiques au parlement européen, actuellement et à venir selon les sondages. Voici sa composition actuelle.

Le PPE, Parti Populaire Européen, 217 sièges, est un conglomérat  de centre-droit, formés de divers partis nationaux ou de clubs internationaux antérieurs ; il est clairement d’inspiration chrétienne-démocrate, bien que A. Merkel en soit la tutrice il est assez fédéraliste. C’est le groupe d’Orban, de Berlusconi (Forza Italia) et de LR. 20 députés français y sont inscrits. Le président est l’Allemand Manfred Weber, candidat à la présidence de la Commission.

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker en est membre ainsi que 13 autres commissaires européens (soit 50%) , il dispose de 3 vice-présidents (dont l’allemand OETTINGER pour qui l’Europe s’arrête au Rhin) et deux autres nordiques.

S&D, Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates, 187 sièges, est le groupe originel des socialistes, très fédéraliste ; l’ajout des « démocrates » se fit pour faire de la place aux 26 députés du Partito Democratico Italiano plus réformateurs et acquis à l’économie de marché totale que leurs collègues. Cet artifice en a fait le second groupe en empêchant la formation d’un groupe libéral-social, mais n’a pas permis de ravir la première place au PPE. Du coup ils se sont entendu, y compris en organisant une présidence à tour de rôle.

Après avoir eu l’Allemand Martin Schultz, l’actuel président du Parlement, comme président du groupe, ils ont actuellement l’Allemand Udo Bullmann (SPD) n’aimant guère la France. Sous son influence le groupe se rapproche de la gauche radicale en espérant arriver à peser davantage contre le PPE en perte de vitesse, voir à inverser l’ordre actuel. C’est le groupe du PS français jadis dominant.

Ce groupe a 8 Commissaires Européens, 2 vice-présidents, dont la haute représentante pour les affaires étrangères, la jeune et inexpérimentée italienne Federica MOGHERINI plus le vrai numéro deux de la Commission le batave Frans TIMMERMANS, celui pour qui l’islam fait partie de l’Europe depuis 2000 ans !

ALDE, Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe, 68 sièges, fédéraliste, ultra-libéral, il est actif au Comité Européen des Régions (arme de destruction des identités nationales), le président est le très très européiste, ancien premier ministre Belge, Guy Verhofstadt. C’est là que sont les centristes français et le parti radical. Suites aux révélations concernant son financement (Monsanto, Microsoft, Apple, etc.) ce groupe à annoncé vouloir se dissoudre après les élections en vue de constituer un pole plus important, incluant les députés de LREM (et les mêmes financements !) mais les réticences sont nombreuses car ce groupe est aussi celui des moyens pays de l’union souvent anti-français. Le président est le Danois Morten LØKKEGAARD.

Bien que seulement 4eme après le CRE, ce groupe à 5 commissaires européens dont un vice-président Estonien.

Je fais un aparté pour vous signaler que les 6 vice-présidents sont tous ressortissants de pays alémaniques.

CRE, Conservateurs et réformistes européens, 75 sièges, c’est un groupe un peu fourre-tout, atlantiste, anti-fédéraliste, critique des institutions de l’UE -trop puissantes et fonctionnarisées à son gout-,  rassemblement libéral de la droite conservatrice et pour certains nationalistes. Ce parti européen dispose aussi d’un groupe au Conseil de l’Europe dans lequel siège le parti de Erdogan, ce qui dérange beaucoup d’électeurs. Aucun français n’est enregistré dans ce groupe.

C’est là que siègent le Parti populaire danois, les Vrais Finlandais, l’Alternative pour l’Allemagne et de nombreux conservateurs britanniques, dont le président du groupe Syed Kamall, qui est musulman.

A cause de la présence de nombreux britanniques ce groupe à pu avoir un commissaire européen.

GUE/NGL, Gauche Unitaire Européenne, Gauche Verte Nordique, 52 sièges, autre groupe fourre-tout ; de la gauche très radicale à Podemos, et de tous ceux de gauche qui ne se reconnaissent pas dans la social-démocratie ou l’écologie politique. Les membres du parti de Chevènement y furent tout comme LO ! C’est le groupe de Syriza ou de la France Insoumise. Cet ensemble pourrait éclater, de nombreux députés préférant une rénovation du groupe S&D.

ALE, Verts/Alliance Libre Européenne, 52 sièges ; regroupe tous les partis militants pour les dingueries sociétales extrêmes, l’écologie punitive, le droit des nations sans État, la régionalisation à outrance (démantèlement de la France notamment).

En son sein, les allemands sont les plus nombreux, suivie des français et des britanniques. La présidence est à l’Allemagne avec Ska Keller à qui l’on a adjoint le Belge Philippe Lamberts pour respecter la parité !

EFDD Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe ,41 sièges, dirigée par le Britannique Nigel Farage est un groupe résolument euro-sceptique dans lequel siègent les députés du Mouvement 5 Etoiles (M5S). La délégation française compte 6 députés issus de plusieurs partis souverainistes (Debout la France, Les Patriotes, Les Français libres).

ENL, Europe des Nations et Libertés, 37 sièges de 8 nationalités c’est la plus petite formation du Parlement européen, la délégation du Rassemblement national est la plus importante. C’est là que l’on trouve la Ligue du Nord, le FPÖ autrichien, le PVV Néerlandais et l’UKIP.

Les co-présidents sont le néerlandais Marcel de Graaf et le français Nicolas Bay.

Le PPE et les S&D se sont entendus pour gouverner ensemble, en se répartissant les vice-présidences, les commissions, les nominations … Bien que le CRE soit le troisième groupe, le PPE et S&D se sont associés à ADLE : minorer toute voix ne répétant pas en boucle la doxa européiste et libérale est la règle absolue. Il faut savoir que le parlement européen à un règlement intérieur quasi-totalitaire et que son respect est pointilleusement vérifié par les gardiens du temple. Les groupes minoritaires sont systématiquement combattus et relégués.

Pour le parlement à venir, les projections en sièges donnaient le 23 mai 2019 :

                                   2019   2014             

PPE                               168     217

S&D                              146     187

ALDE                            106        68

                                      420     472

EAPN (ENL)                   74        37

ECR                                 59        75

EFDD (M5S + brexit)   48        41

                                      181     153

EFA (ALE)                      55        52

GNU LGF                       52        52

                                      107     104

non-inscrits                  43        22

Il est à noter que le gain de ADLE correspond a peu prés à la perte du PPE, les socialistes essuyant une réelle défaite, il s’agit ni plus ni moins que la traduction au  Parlement Européen de la situation française.

PPE, S&D, ALDE disposeraient de 420 sièges ! Les verts-rouges se répartissant 107 sièges ; avec 181 députés la poussée euro-sceptique serait moindre qu’on le dit, sans doute a cause des positions édulcorées et pro-euro de nombre de partis populistes.

Les 3 compères actuels pourraient retrouver un accord, en tenant compte de ALDE en hausse, mais avec la présence de LREM qui crispe les autres pays. Mais une autre alliance serait possible, celle des trois partis de droite et centre-droit : PPE, ALDE et ECR avec 333 sièges (majorité 376) mais qui pourraient avoir le renfort ponctuel de non-inscrits et de l’ENL.

Ma conclusion sera abrupte ; lors du changement de poste traditionnel de la mi-mandat, les français ont obtenus 25 postes, les allemands 43, lorsqu’on observe la nationalité des fonctionnaires on s’aperçoit que les français sont nombreux (seconds après les belges) mais que les allemands occupent une part majeure des postes d’encadrement. Au sein des partis du Parlement vous avez noté la prééminence germanique de même à la Commission et dans les autres instances, Cour de Justice exceptée.

Manfred Weber (CSU – PPE) devrait être élu président de la Commission, en cas de litige PPE/ALDE On évoque les noms de Michel Barnier (ancien ministre français de droite, négociateur en chef du Brexit) ou de Margrethe Vestager (libérale danoise, commissaire à la concurrence entre 2014 et 2019).

Le S&D devrait hériter de la présidence du Parlement pour la première moitié de la mandature, sauf accord –assez improbable– des partis de droites.

Les députés LREM et ceux de LR seront membres des groupes se partageant le pouvoir dans l’UE et en minorité numérique dans ces partis européens ; de facto ils seront co-gestionnaires de décisions d’origine allemande ; le pacte de Marrakech, les euro-départements en Alsace-Lorraine ou la privatisation de AdP et des barrages donnent un avant gout de la suite.


[1] Alexis Leger

[2] chef de cabinet de F. Mitterrand

[3] Montenegro, Kossovo (de facto) Bosnie-Herzégovine

[4] majorité qualifiée – 55 % des États membres (16/28), représentant au moins 65 % de la population totale de l’UE, ont exprimé un vote favorable

[5] Système Européen de Banques Centrales, y compris les états hors-euro

[6] Conseil ECOFIN

Macron : forfait contre les musées

Publié dans Riposte Laïque

 

On se souvient de Georges Pompidou citant Paul Éluard au cours d’une conférence de presse, on ne saurait attendre tel à-propos de notre immature hôte provisoire de l’Élysée, ni d’une majeure partie de la classe politique issue de formations scolaires détournées de la culture. Signe des temps, ces gens qui se gargarisent de parler le sabir impérialiste, ce globish marqueur de la servitude écolo-libérale ou économico-libertaire, ont perdu tout lien réel, sensible, vibrant avec la nation. La France est au monde par son dialogue constant avec l’art, nulle nation plus que la nôtre n’a entretenu de liaison aussi intime avec cette extrême finalité de l’homme.

Emmanuel Macron, ci-devant président, toujours à l’affut d’un mauvais coup contre la France, a exposé son intention d’amputer de 26 objets les collections africaines de nos musées.

Ce forfait ne serait que le premier d’autres prélèvements devant aboutir à terme à l’élimination de notre patrimoine culturel et scientifique ayant trait à l’Afrique ancienne. Pour empêcher l’arbitraire des décisions politiques, la loi française a fixé le principe de l’inaliénabilité des collections muséales publiques ; exprimant cette volonté de passer outre, Emmanuel Macron renoue avec une pratique totalitaire : le fait du prince.

Cette nouvelle provocation de monsieur Macron contre la culture en France s’inscrit dans sa démarche constante de dénigrement de la France, de soutien au « parti de l’étranger » et de la soumission aux folies sociétales de la gauche.

Par minable peur ou complicité objective, aucun parti n’a encore réagi à ce crime, pourtant les arguments ne manquent pas.  Voici ce que l’on aurait aimé entendre dans la bouche de responsables politiques que l’on croyait attachés à la France, à son œuvre, à son renom, à son influence, voici quelques vérités concernant les collections africaines conservées dans les musées français.

– Le droit international est clair ; la propriété de ces objets par notre pays est légale car elle ne provient pas de captures militaires après 1899 (convention de La Haye) et respecte les engagements contractés lors des indépendances des anciennes colonies ;

– Ces objets n’étaient pour la plupart pas considérés comme des œuvres d’art ou des témoignages historiques par les populations africaines de l’époque, ou même par les pouvoirs politiques présents au moment de la colonisation. C’est l’analyse européenne, et principalement française, qui a détecté, au sens occidental, que ces objets avaient des caractéristiques permettant de les identifier comme « œuvres d’art » ;

C’est en France, après une phase curieuse ou ethnographique, grâce notamment au mouvement surréaliste, que ces œuvres entrent dans la conscience collective comme universelles ;

– En Afrique, la revendication de « retour » est un fait récent mis en œuvre médiatiquement par des élites africaines, occidentalisées, vivant en Europe ou aux États-Unis, largement instrumentalisées soit par les milieux mondialistes de gauche, soit par des forces politiques et économiques ne se préoccupant que de la réduction de l’influence française en Afrique. Les visées de ces belles âmes ne sont donc pas culturelles ;

En France, cette revendication de la « restitution » est une demande ancienne de la gauche, toujours prompte à dépouiller la France, augmentée ces temps-ci d’une repentance névrotique et d’une cécité mémorielle. Des organisations racistes et séditieuses sont à l’origine du regain actuel. Là aussi, le volet culturel est un alibi pour des objectifs de basse politique intérieure ;

– Les ressources financières et les moyens humains dont disposent les États africains, l’instabilité économique et politique de l’Afrique depuis 1960, induisent que ces œuvres seraient aujourd’hui disparues ou oubliées sans la conservation et l’étude menées par des scientifiques français, à la demande de notre nation et grâce à son financement ;

L’état actuel des musées africains, pourtant sous perfusion financière de la France et des organisations internationales financées par les Occidentaux, ne permet pas la réception de ces œuvres et leur entretien, ni même ne peut assurer leur garde. De nombreux exemples d’incurie, de vols ou de destructions volontaires à argument religieux attestent du danger que ces objets, appartenant à l’Histoire du monde, soient détruits ou captés par des oligarques ;

– La France, première destination touristique mondiale, offre à ces œuvres une visibilité qu’elles n’auraient pas en Afrique ; elles sont exposées et conservées dans des conditions optimales que permet l’excellence française dans ce domaine.

Ces objets appartiennent à la France qui en est la dépositaire soigneuse, au nom des principes les plus élevés de sa culture nationale et d’événements politiques inamovibles.

L’Histoire est passée, douloureuse et rude, elle laisse des traces dans les inconscients collectifs ; pour avoir été colonisé, il faut avoir été colonisable, c’est ainsi et nul n’a le pouvoir de réécrire le passé.

Renoncer, ne serait-ce qu’à une seule de ces œuvres, dans ce contexte et de cette manière, c’est acter le début de la mort de notre nation, c’est faciliter et justifier l’autre forfait en cours d’élaboration, la perte du siège de la France au Conseil de sécurité des Nations unies.

Au lieu d’être debout, la France se couche pour mourir.

Les Gilets Jaunes : une quintessence de France

Publié dans Riposte Laïque

 

Il y a moins de 20 jours, personne, ou presque, ne pensait à cet accessoire, made in china, inutile, imposé par un lobbyiste inconnu à Bruxelles, et que, pourtant, tout à chacun avait dans le coffre de sa voiture.

Depuis, des dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux, des milliers d’articles, de tribune, d’appels, des heures innombrables de télévision et de radio, pas une rencontre entre français, pas une prise de parole publique qui n’évoque le bout de tissu. Le monde entier regarde étonné cette France qui se réveille, et certains se disent « enfin », contemplant le pays de la haute couture -calme et volupté ! – soudain si mal vêtus d’un Gilet Jaune.

Si mal ? Non au contraire cela lui va à ravir, la France retrouve le gout d’être disgracieuse ; notre peuple courtois s’offre le plaisir de l’impolitesse, et s’il peut être grossier, il ne sera jamais vulgaire. Les Français, qui ont toujours aimé la poésie, reprennent à tue-tête Boris Vian, « qu’il soit midi, qu’il soit minuit, vous nous faites chier monsieur Macron ». Vous remarquerez que plus personne ne dit le « Président Macron ».

Las, d’ici peu, la pandémie annuelle de fièvre acheteuse aura raison de ce mouvement spontané mais non sans fondements, pourtant il restera dans les gorges avec le terrible arrière gout de la rancœur et l’âcreté de la défaite.

L’apolitisme feint ou cru et l’amateurisme auto-administré étouffe déjà ce mouvement éminemment populaire, tellement français. Interrogeons-nous, cet élan ne fut pas politique, la Liberté n’est pas en cause, il ne fut pas non plus social, d’Égalité il n’est pas question, ce qui le marque c’est le retour de la Fraternité, nationale, homogène, une fraternité, oh combien chaleureuse ; ensemble, simplement, des gens ne se connaissant pas et pourtant si proches ; fraternité, avec qui ? A quelques jours de distance deux sondages donnèrent des chiffres inhabituellement élevés dans des « échantillons représentatifs» : 84 % de français soutenaient les « Gilets Jaunes », et presque autant trouvaient qu’il y avait trop d’immigration en France ; qui nous fera croire que ce n’était pas les mêmes !

Alors si par la trahison des clercs, la France sombre sous les flots de l’invasion africano-musulmane, nous savons maintenant que, comme Cyrano, nous mourrons emportant avec nous, et malgré eux, notre panache.

Voiture électrique : pas si verte que cela.

Publié dans Boulevard Voltaire

 

Une petite goutte de gazole de trop a enflammé le débat social en France, focalisé un temps sur le prix du carburant et sa taxation ; depuis, le mouvement des Gilets Jaunes a montré l’étendue et la violence du divorce entre une majorité de français et leurs gouvernants.

Une part de l’argumentation du gouvernement et de ses soutiens à été d’utiliser l’argument écologique et de promouvoir une « transition énergétique »  jugée indispensable et urgente ; sa contrepartie automobile étant le développement de la « mobilité » électrique.

Voyons de plus prés ; le carburant des automobiles représente à peine le tiers du pétrole consommé en France, de plus il n’est pas possible de produire ce que l’on veut à partir du pétrole brut ; le faible coût des carburants lourds extrêmement polluants en est une conséquence. Indépendamment des investissements faramineux qui seraient perdus si l’on ne devait plus produire de carburant, l’usage des strates intermédiaires des produits résultant du pétrole serait problématique. Concernant la pollution on oublie que les progrès techniques ont diminué d’une façon considérable les émissions dangereuses des automobiles (diesel plus que l’essence !)  et que tout indique que cette évolution pourrait se poursuivre. On ne dira jamais assez que les 20 plus gros navires polluent autant que la totalité des véhicules routiers de la terre. Le transport annuel des agneaux et des kiwis de Nouvelle-Zélande équivaut à toute la pollution engendrée par les automobiles en France.

On nous dit que le pétrole est un produit en voie de disparition, le fameux « pic » reporté d’année en année ; les réserves connues  –pas toujours exploitables actuellement– sont considérables, rien ne permet de dire que nous les connaissons toutes ; et puis enfin quel serait le risque qu’il n’y en ait plus en 2 200 ?

En opposition aux véhicules à moteurs thermiques ringardisés nous avons la parfaite voiture électrique, dont les batteries sont des calamités écologiques, chères, parfois dangereuses, souvent usées prématurément. Ce n’est pas tout, ce véhicule mirobolant utilise diverses matières rares et stratégiques, ainsi que des dizaines de kilo de cuivre, dont l’extraction est polluante, rendant ce métal de plus en plus cher.

Le fameux « bilan C02 » n’est pas si en faveur de l’électrique, mais tout cela n’est rien en regard de l‘apport énergétique de ces véhicules : l’électricité.

Rappelons déjà que le rendement d’un moteur électrique est de l’ordre de 85% et que celui d’une excellente batterie fonctionnant dans des conditions optimum est du même ordre, la charge elle-aussi consomme de l’énergie, ainsi entre la prise de courant et les tours de roues ce sont prés de 30% de l’énergie qui ont été perdus. Soyons équitable cela fait deux fois moins qu’avec un Diesel.

Imaginons que toutes les voitures soient électriques en France, et que l’on accepte une conduite plus souple, moins rapide, des recharges les plus tardives possibles, et que les conditions climatiques soient favorables, un calcul simple montre que le parc consommerait annuellement plus de 55 TWh d’énergie électrique, en gros 11% de la consommation française en 2017.

Compte tenu du mode d’usage des véhicules, on peut imaginer un appel maximal de rechargement sur 10 heures la nuit, complété en journée à condition d’une installation de prises de recharge en nombre considérable. Le réseau devrait lui aussi être fortement développé, et enfin cela nécessiterait la construction de 7 réacteurs nucléaires EPR (3eme génération à venir) ou de multiplier par 3 le nombre d’éoliennes.

Cela représente des investissements colossaux, auprès desquels la prime actuelle fait l’effet de confettis. Face à cela les donneurs de leçon écolo proposent la réduction du nombre de véhicules privés, oubliant, ou pas, que l’automobile est un merveilleux moyen de liberté individuelle.

Non le RN n’a pas gagné

Non, le RN n’a pas gagné, mais il a fait perdre le camp national une fois de plus.

Publié dans Riposte laïque

Dans ces Européennes 2019, comme depuis 40 ans, le Rassemblement National n’a pas emporté de victoire décisive mais il a fait perdre la France.

Voyons les chiffres : malgré une situation politique et sociale favorables, le Rassemblement National fait 1,5 point de moins – de moins ! – que le FN en 2014, l’échec est fort et clair. Seule la campagne minable et fratricide des derniers jours à permis que la liste de Bardella se retrouve devant LREM de 0,9 point ; même pas 1 point d’écart, l’échec du RN est fort et clair.

En octobre LREM et RN disposeront du même nombre de députés, et un de moins pour le RN qu’en 2014, où est la victoire pour le parti de Marine Le Pen ? Il y a pire, comme annoncé dans mon précédent article : les 1,5 points volés à DLF privent le camp national de 3 ou 4 députés, et d’une représentation multiforme. En continuant de monopoliser l’opposition, le Rassemblement National annihile toute tentative de composition d’une alternative intellectuelle globale et cohérente aux deux têtes de l’hydre du mondialisme acculturé : la dictature financière et l’écologie anthropophobe.

En acceptant le piège d’un duel Le Pen/Macron, le RN à permis que l’Union européenne soit absente du débat ; en voulant capter l’électorat déçu des Républicains, il a édulcoré ses positions économiques ; enfin par sa stratégie de centre-droit, il a amoindri toute intervention sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité culturelle.

Bref le RN se retrouve moins à droite et moins patriote que ne le fut le RPR. La volonté de souveraineté nationale et le changement radical de la politique migratoire seront bientôt oubliés mais toujours utilisés. Tout comme le PS s’est longtemps maintenu en brandissant l’étendard du progressisme et en usant des mythes de la gauche humaniste, le Rassemblement National va poursuivre, au moins jusqu’aux premiers soubresauts de la campagne de la présidentielle 2022,  son rabattage des souverainistes et les mensonges aux radicaux du « grand jour national ». Baiser de la mort, comme le montre le résultat du 26 Mai.

Revenons aux chiffres : ensemble les votes du RN, de DLF, de l’UPR, des Patriotes n’atteignent pas 29 %, où sont donc les 34 % de Marine Le Pen au second tour ? L’échec du RN est fort et clair ; l’on voit bien que, faussement inquiets, les commentateurs, pour qui ce parti a gagné le duel, sont ceux qui soutiennent Macron et son projet d’éradication de la France en tant que puissance d’équilibre mondiale. Ce que LREM a gagné d’influence dans l’UE est enlevé à la France, l’enjeu est là, il s’agit ni plus ni moins de la survie de notre nation ; la solution n’est pas une recomposition de la droite, en forme de jeu de taquin, ou la création d’un grand parti de droite attrape-tout et privé d’âme, mais dans une projection à moyen terme d’options sociétales, de choix sociaux, de propositions politiques audacieuses plongeant dans les racines de notre culture nationale.

Marine Le Pen, dont la stratégie vise à occuper l’espace politique des Républicains, sans trop perdre ses bases historiques, poursuit un but, couper les ailes de Marion Maréchal, et rester seule en lice contre Macron… pour perdre une nouvelle foi, car, quelles que soient ses qualités, Marine Le Pen ne pourra jamais incarner la France, c’est ainsi ; injustice peut être, mais réalité provenant de notre impensé collectif. Oh, elle pourrait peut être hausser un peu son niveau, mais 45 % ce n’est pas 51 !

L’amour de la France que proclame Marine Le Pen devrait la conduire au sabordage du Rassemblement National, car il devient urgent que la droite française retrouve le pouvoir avec comme horizons, la justice sociale et la nation souveraine.